Premières à Strasbourg met en lumière des artistes émergents aux performances singulières, autour des thèmes de l'identité, de l'héritage et des enjeux de société.
Le festival met en lumière les jeunes diplômés à Strasbourg
Premières, festival strasbourgeois, présente des artistes récemment sortis des écoles, souvent avec peu de moyens et dont les styles artistiques sont encore en construction. Le festival est dirigé par Barbara Engelhardt, directrice du Maillon, qui participe à la programmation depuis sa première édition en 2005. Engelhardt privilégie des pays peu souvent sous les projecteurs des festivals, soulignant que la jeune génération ne dispose pas partout des mêmes conditions de travail. Chaque spectacle reflète une réalité socioéconomique et artistique différente, ce qui intéresse un festival à l'échelle européenne. Il n'y a pas de thème imposé, mais des contraintes qui entrent en résonance les unes avec les autres : précarité des moyens, polarisation politique, urgence écologique.Un premier week-end riche en spectacles variés
Le premier temps fort du festival est le week-end des 6 et 7 novembre. Le vendredi à 19 heures, deux spectacles ont lieu simultanément. Au Maillon, Sie wachen über dich (Ils veillent sur toi), du collectif interculturel What about: fuego, réunit trois interprètes qui tissent leur quotidien numérique avec celui de leurs grands-mères, face à l'intrusion de l'État, de l'Allemagne de l'Est au Chili de Pinochet. À la Haute école des arts du Rhin (HEAR), les Italiens Alice et Davide Sinigaglia présentent Concerto fetido su quattro zampe (Concert fétide sur quatre pattes), où ils sont tour à tour humains et canins, entre slam, percussions et synthétiseurs, observant la société du point de vue du nez d'un chien, avec humour.D'autres spectacles et un banquet partagé
À 20 h 45, le Maillon accueille The Killing of The First Person, une performance du Chilien Nicolás Lange, qui évoque les bûchers de la Florence du XVe siècle pour effacer le « je » de la scène. À 22 heures, le banquet du festival transforme le théâtre en une grande table où spectateurs et artistes partagent les plats que chacun apporte.Le samedi, un programme dense et un fil conducteur
Le samedi, il est possible d'enchaîner les trois spectacles entre 16 h 30 et 21 h 45, puis de finir sur la piste de danse avec le set de la DJ Ananda Jade à 22 heures. La deuxième semaine du festival, du 10 au 11 novembre, a pour fil conducteur l'héritage. L'artiste franco-haïtien Mackenzy Bergile relie histoire coloniale et histoire familiale par le corps, les costumes et la musique dans Autothérapie. Le 11 novembre à 20 heures, Bergile échangera avec Léa Sery sur leurs parcours et leurs processus de création.Des spectacles variés et une exploration culturelle
Formée à l'École du Théâtre national de Strasbourg (TNS), Léa Sery présente avec Afropéennes sa première mise en scène, coproduite par le Maillon et présentée au Pokop du 12 au 14 novembre. Née d'une mère française et d'un père ivoirien, Sery dialogue avec sa sœur Koïsso, danseuse, au son du marimba, en français et en bété. Le spectacle met au jour un héritage enfoui sous l'immersion dans la culture occidentale, face à l'expérience du racisme.Une artiste finlandaise explore l'histoire de l'emprunt en art
Aux mêmes dates, au Maillon, le Finlandais Pauli Patinen, récompensé en 2025 au festival allemand Fast Forward, présente Steal This Performance, parti du constat que l'histoire de l'art est une histoire d'emprunts, et que la scène est un cabinet de curiosités où réexaminer la notion d'authenticité. Le samedi 14 novembre, le programme comprend Afropéennes à 17 heures, puis la table ronde « Histoires d'héritage » à 19 heures, suivie de Steal This Performance à 20 h 30, et d'un micro ouvert pour clore la soirée.Le festival soutient les artistes émergents
Premières est aussi un tremplin pour les artistes émergents. Ainsi, le metteur en scène et scénographe hongrois Kornél Mundruczó est passé par le festival. Engelhardt souligne que de nombreux artistes invités au Maillon ont connu par la suite des carrières réussies, et que le vrai talent peut tirer profit de la visibilité qu'offre un festival européen. Une douzaine d'étudiants et d'élèves recrutés par le Théâtre de la Cité internationale à Paris formeront un jury et sélectionneront un lauréat, programmé dans la capitale la saison suivante. En attendant, l'aventure commence à Strasbourg dès le 6 novembre, avec quatre premières françaises. Engelhardt conseille de se laisser emporter et surprendre : un festival est toujours intense, mais aussi festif.