Manifestations de jeunes sous la bannière de One Piece

Des adolescents en Albanie, au Royaume-Uni, en France et en Italie défilent depuis plus d'un mois avec un drapeau noir orné d'une tête de mort et d'un chapeau de paille, symbole du célèbre manga One Piece. Ces manifestations ont suscité des réactions des gouvernements, qui ont déployé les forces de sécurité pour encadrer les rassemblements.

Le gouvernement italien mobilise des soldats

Le 20 octobre 2026, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a annoncé le déploiement de 500 soldats à Milan pour appuyer la police après des affrontements dans la ville. La présence militaire doit se poursuivre jusqu'à la fin de l'année.

Les autorités françaises se préparent à de nouvelles manifestations

En France, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la mobilisation de soldats et le lancement d'une opération de sécurité « massive » en prévision d'une nouvelle manifestation prévue le 24 octobre. Cette décision traduit une inquiétude croissante face à l'ampleur et à l'intensité du mouvement.

Des mouvements de jeunesse sans identité unifiée

Jean-François Bayart, sociologue à l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, se demande si les étudiants français et italiens ont conscience de l'existence de mouvements de jeunesse similaires en Indonésie, au Népal, au Bangladesh, à Madagascar ou au Maroc. Si certaines revendications se recoupent, le mouvement de jeunesse de chaque pays s'inscrit dans un contexte historique et culturel propre.

Les symboles nationaux façonnent les récits de la contestation

En France, des manifestants ont fait référence au massacre de 1961 de civils algériens, un événement sans résonance directe pour les étudiants italiens. À l'inverse, certains manifestants italiens pourraient s'appuyer sur des épisodes historiques comme les Brigades rouges, un groupe marxiste-léniniste actif dans les années 1970, ou les manifestations anti-G8 de Gênes en 2001.

Des mouvements mondiaux aux causes distinctes

En août 2025, des jeunes Indonésiens ont protesté contre la corruption et les violences policières. En juillet 2026, des étudiants indiens ont exigé la démission d'un ministre de l'Éducation à la suite de fraudes lors d'examens. En Albanie, des jeunes se sont opposés à un projet de développement touristique lié à l'investisseur américain Jared Kushner.

Des revendications qui varient selon le contexte national

Valérie Becquet, professeure spécialisée dans la mobilisation des jeunes, observe qu'en Espagne et en Italie, les manifestations portent sur le logement, en raison de modèles « familialistes » dans lesquels les jeunes vivent chez leurs parents jusqu'à ce qu'ils trouvent un logement indépendant. Cela reflète des enjeux plus larges d'autonomie personnelle et de stabilité économique.

La génération Z peine à s'engager en politique

Malgré des objectifs communs en matière de redistribution des richesses, la génération Z se heurte à des difficultés politiques. Jean-François Bayart estime que si ces mouvements peuvent déstabiliser les gouvernements, ils manquent souvent d'organisation et d'un programme politique clair, ce qui limite leurs succès. À Madagascar, en 2025, des manifestations étudiantes ont abouti à un coup d'État militaire.

L'impact de la pandémie sur le développement des jeunes

Bayart souligne que les confinements liés à la pandémie ont perturbé le développement des jeunes, en affectant leurs relations sociales en dehors du cercle familial. En France, le retour des couvre-feux a ravivé de douloureux souvenirs chez certains jeunes, selon le chercheur.

Un fossé générationnel dans le débat politique

Gökçe Tuncel, sociologue spécialisée dans les mouvements sociaux, relève un fossé générationnel dans les discussions politiques. Certains adolescents évitent d'évoquer les manifestations avec leurs parents, ce qui provoque des conflits familiaux et conduit même certains à couper leur téléphone pour échapper aux conversations sur les rassemblements. Le président français Emmanuel Macron a proposé des stratégies pour répondre à la connectivité numérique intense des jeunes.