Attentat terroriste, polémique académique

Suite à l'attentat terroriste perpétré en Israël le 7 octobre, des tensions sont apparues entre HEC Paris et l'un de ses principaux donateurs financiers, à propos d'une déclaration d'un professeur. La question a également soulevé des interrogations sur les partenariats de l'école avec les monarchies du Golfe.

Un ancien élève condamne les propos d'un professeur

Adrien Nussenbaum, diplômé d'HEC Paris et fondateur de la licorne française Mirakl, a envoyé un courriel à la directrice de la communication de l'école dans lequel il qualifie Alberto Alemanno, professeur de droit à HEC Paris, de « gros connard antisémite » et exige sa suspension immédiate. Le message fait référence à un tweet publié par Alemanno le lendemain de l'attaque du 7 octobre, dans lequel il décrivait cet assaut comme un « soulèvement de peuples colonisés ».

Explication du professeur et contenu du courriel

Alemanno a déclaré être « horrifié par les attaques contre Israël, mais profondément gêné par le soutien partiel de l'UE à Israël dans le contexte des attaques du Hamas ». Le courriel de Nussenbaum, dont StreetPress a eu connaissance, contenait des menaces de suspendre les dons à HEC Paris si l'école ne « prenait pas officiellement position sur ce professeur et sur les délires antisémites fascistes des étudiants sous couvert de fantasmes révolutionnaires anticolonialistes romantiques ».

Discussions internes sur la gestion de l'affaire

Dans la chaîne de courriels qui a suivi, Joséphine Haquet, directrice de la communication d'HEC Paris, a transmis le message au directeur général et à deux autres cadres, en commentant que Nussenbaum « va un peu trop loin » et qu'Alemanno « a commis une erreur ». Éloïc Peyrache, directeur d'HEC Paris, a recommandé de « sortir toutes les déclarations d'Alberto pour avoir une image complète » et a suggéré de « mettre en place une cellule de crise », car la situation pourrait « escalader jusqu'à demander son renvoi ».

La réponse du corps professoral et la liberté académique

Andrea Masini, doyen de la faculté et de la recherche, a fait remarquer que « pour qu'il y ait des sanctions, il faut une violation de notre règlement et de notre code de déontologie, ainsi que la convocation d'un conseil de discipline académique. Un avis juridique semble indispensable ». Il a ajouté : « Je trouve inquiétant que des anciens élèves s'estiment en droit d'exiger la tête de quelqu'un sans débat et sans lui donner la possibilité de se défendre. »

HEC Paris examine la situation et réaffirme ses valeurs

HEC Paris a indiqué avoir examiné en profondeur les déclarations d'Alemanno « pour déterminer si elles pouvaient constituer une infraction pénale », soulignant que cet examen a été mené « indépendamment de toute prétendue pression extérieure ». L'école a également précisé avoir examiné les déclarations antérieures d'Alemanno et conclu qu'elles « n'engageaient en rien la responsabilité d'HEC Paris ». Aucune sanction n'a été prise à l'encontre d'Alemanno, et l'école a réaffirmé « la notion de liberté académique comme valeur fondatrice de l'école ».

Un ancien élève critique la réponse d'HEC

Nussenbaum a ensuite publié sur LinkedIn un message intitulé « Je ne lâcherai rien », dans lequel il dénonce « le silence inacceptable et la position faible » d'HEC Paris. Ce message a attiré l'attention, et en juin 2024, Nussenbaum a été l'invité d'honneur de la cérémonie de remise des diplômes de l'école. Éloïc Peyrache lui a rendu hommage sur scène, annonçant que l'école travaillait à accueillir « dans les plus brefs délais deux jeunes talents Imagine Fellows, l'un de Gaza et l'autre d'Israël ».

Liens financiers avec les pays du Golfe

Le courriel de Nussenbaum évoquait également une information vérifiée depuis révélée par StreetPress : « Le Qatar et l'Arabie saoudite ont infiltré nos économies et désormais nos écoles », écrit l'entrepreneur. Malgré le ton complotiste de cette phrase, les deux pays figurent bien dans l'organigramme financier d'HEC, sans jamais avoir suscité de la part de l'administration le même niveau d'inquiétude que le tweet d'Alemanno.

Les partenariats d'HEC avec les États du Golfe

Entre 2021 et 2024, HEC Paris a annoncé la création d'une nouvelle chaire de recherche intitulée « Business Models For The Circular Economy », entièrement financée par l'Institut Future Investment Initiative (FII), un fonds saoudien directement lié au pouvoir royal. Ce fonds a été boycotté par la moitié de Wall Street après l'assassinat de Jamal Khashoggi. Yasser Al-Rumayyan, qui dirige le FII et le fonds souverain saoudien, préside également Saudi Aramco, la plus grande compagnie pétrolière au monde, que l'ONU a citée pour son rôle majeur dans le changement climatique.

L'influence du Qatar sur HEC Paris

Le Qatar, quant à lui, ne dispose d'aucune chaire portant son nom ; son influence se situe plus haut dans l'organigramme d'HEC. En 2010, HEC Paris a « rejoint la Qatar Foundation » et ouvert un campus à Doha. Cette organisation est fondée et présidée par la famille régnante du pays, qui abrite depuis longtemps le bureau politique du Hamas. Ce partenariat a été renouvelé pour 10 ans en novembre 2024, en présence d'Éloïc Peyrache. Hind bint Hamad Al Thani, vice-présidente de la Qatar Foundation et sœur de l'émir régnant, siège également au conseil consultatif international d'HEC Paris. Elle a elle aussi suivi les cours de cette prestigieuse école de commerce. Un autre accord, signé en août 2021, lie HEC Paris à la Qatar Financial Centre Authority, l'autorité publique de régulation financière du pays. En échange, cette organisation bénéficie de tarifs réduits pour ses employés sur le Executive MBA de l'école.