En France, 12 % des enfants dont les parents sont séparés vivent en garde partagée, mais le système fait face à des défis comme les emplois du temps morcelés et les conflits parentaux.
La garde partagée en France
En France, 12 % des enfants dont les parents sont séparés vivent en garde partagée, soit 480 000 enfants. La garde partagée est souvent perçue comme un système dans lequel l'enfant passe un temps égal chez chacun de ses parents, mais ce n'est pas toujours le cas.Définition de la garde partagée
Selon Maude Lelièvre, avocate et autrice de Aimer, se séparer, avancer : les sentiers du divorce guidés par une avocate, la garde partagée signifie que l'enfant vit avec ses deux parents de manière équilibrée, non pas forcément à parts égales en termes de temps, mais en termes d'organisation. Il existe un rythme régulier qui permet à l'enfant d'avoir des repères. Par exemple, l'enfant peut passer du lundi au mercredi chez le père, puis le reste de la semaine chez la mère.Le cadre juridique en France
La garde partagée est souvent privilégiée, mais elle n'est pas imposée par le droit français, contrairement à la Belgique, par exemple. En France, les parents sont invités à mettre en place une garde partagée, car elle correspond à l'autorité parentale. L'enfant naît avec deux parents et l'idée est de lui permettre un accès égal à chacun d'eux, tant en matière d'échanges que d'éducation.Les conditions préalables à la garde partagée
Certaines conditions préalables sont nécessaires pour que cette garde partagée soit viable, à commencer par une distance raisonnable entre le lieu de résidence de chaque parent et l'école de l'enfant, afin de préserver un certain équilibre. L'appréciation de cette distance varie selon les régions. En province, on peut considérer qu'il s'agit d'une vingtaine de minutes de trajet jusqu'à l'école, tandis qu'à Paris, on parle plus volontiers de quartiers.Réussite et difficultés de la garde partagée
La clé de la réussite de la garde partagée est la volonté de rester une équipe. Malgré ces conditions, certains enfants peuvent avoir du mal à vivre cette garde partagée. Maude Lelièvre reconnaît qu'elle a fait marche arrière sur ce système, qu'elle considérait d'abord comme bénéfique. Le défi de la garde partagée est que, malgré les difficultés passées, il faut tout de même vouloir être une famille avec l'autre parent.L'impact des tensions non résolues
Si la séparation a donné lieu à des règlements de comptes, des tensions, des critiques, des rancœurs peuvent subsister. La fin d'une union ou d'un mariage ne signifie pas que les liens sont rompus. Mais on peut refuser tout contact avec son ex, ne pas répondre aux messages, demander à l'enfant de ne pas raconter ce qui se passe chez l'autre parent, ne plus vouloir en entendre parler.Les difficultés au quotidien
La garde partagée exige des échanges et une organisation, ce qui peut être difficile dans ce contexte. Les habitudes de vie peuvent différer sensiblement d'un domicile à l'autre. Chez un parent, l'enfant peut se coucher à 22 h 30, alors qu'il doit être au lit à 21 heures chez l'autre. Il peut avoir un smartphone alors que l'autre refuse. Les différences éducatives peuvent semer la confusion chez l'enfant et provoquer des désaccords entre les parents.Des emplois du temps morcelés et le bien-être de l'enfant
Parfois, la garde partagée est également organisée selon un calendrier qui tient compte des contraintes professionnelles des parents, mais qui est très morcelé et épuisant pour l'enfant. Si l'on divise trop cette garde, sans mutualisation éducative, sans communication, s'il n'y a pas de volonté de former une famille ensemble, les enfants peuvent être très agités. C'est une autre raison qui peut amener l'enfant à avoir du mal à vivre cette situation.L'enfant pris entre ses parents
L'enfant peut se retrouver pris entre ses deux parents. Il peut entendre des choses négatives sur sa mère lorsqu'il est avec son père, et inversement. Ces critiques peuvent l'affecter. L'enfant peut aussi jouer un rôle, inconsciemment, dans cette situation. Il peut se mettre à critiquer l'autre parent et obtenir ainsi un comportement opposé de la part du parent qui l'écoute.Conflit de loyauté et développement de l'enfant
L'enfant devient manipulateur sans s'en rendre compte. Les conséquences sont terribles, car il peut se perdre dans un double discours. Il ne ment pas forcément, mais ses propos varient selon son interlocuteur. Ses paroles n'ont plus de valeur, y compris à ses propres yeux, car il se sent sincère avec chaque parent alors qu'il tient parfois des propos totalement contradictoires.Construire un environnement positif
L'enfant perçoit les tensions entre ses parents. Si l'un n'accepte pas l'autre, il le sent et peut dire ce que l'on veut entendre. L'enfant peut aussi se retrouver dans un conflit de loyauté difficile à vivre. Séparation, divorce : comment aider l'enfant à mieux vivre la garde partagée ? Une fois ce constat établi, chacun peut améliorer la situation en clarifiant sa position concernant son ancienne histoire d'amour et ce qu'il souhaite construire.Maintenir un climat positif
Maintenir un climat positif. Pour éviter de tomber dans une garde partagée négative, lorsque cela est possible, en l'absence de relations toxiques ou de pathologies, l'avocate conseille de « nourrir le bon ». Lorsque l'enfant dit quelque chose de négatif sur ce qu'il a vécu ou entendu chez l'autre parent, on peut lui demander de partager aussi ce qui était agréable chez ce parent, afin d'équilibrer ses propos et de l'inviter à sentir que l'oreille de son parent est également attentive à ce terrain positif.Mettre en place des cadres de communication
Créer un cadre de communication. L'avocate considère qu'il existe deux modes de communication dans la garde partagée : la communication purement informative et la communication collaborative, qui est la version idéale. Celle-ci est parfois difficile à atteindre si l'un des deux parents n'a pas dépassé le conflit lié au divorce ou à la séparation. Maude Lelièvre conseille de respecter un cadre de communication, semblable à un code de la route, pour bien communiquer avec l'autre parent et limiter les accrocs.Écouter l'enfant
On peut prendre le temps de rédiger le message dans la section notes de son téléphone avant de l'envoyer. Cela permet de le relire calmement avant de l'envoyer et de vérifier, l'esprit clair, si le propos est constructif ou s'il est encore guidé par des reproches. Le reproche soulage temporairement, mais il poursuit insidieusement la destruction de la relation. Créer un cadre de communication. L'avocate considère qu'il existe deux modes de communication dans la garde partagée : la communication purement informative et la communication collaborative, qui est la version idéale.Adapter les modalités de la garde partagée
Le principe de la garde partagée peut être modifié à tout moment, surtout si l'enfant semble avoir du mal à la vivre. Toutefois, ce n'est parfois pas ce système qui est à l'origine de son malaise, mais plutôt un manque de mutualisation éducative, une inquiétude concernant la communication. D'où l'intérêt d'analyser soigneusement la situation. Recourir à la médiation familiale. Un moyen d'y voir plus clair consiste à passer par la médiation familiale. Celle-ci ne tranche pas le désaccord, mais aide à élaborer une solution. Le rythme de la garde partagée peut également être revu en fonction de l'évolution de la situation.