Les taux de survie au cancer de la prostate augmentent, mais les difficultés après traitement, comme l'intimité et l'identité, restent négligées. Les experts plaident pour une approche globale de la guérison.
Les taux de survie au cancer de la prostate augmentent
Le cancer de la prostate est mieux traité aujourd'hui, et la plupart des hommes y survivent. Cependant, une fois la tumeur maîtrisée, un autre défi commence, moins visible et rarement évoqué. Une part importante de la guérison se déroule en dehors des consultations médicales.Les conséquences psychologiques et relationnelles sont négligées
Au ministère italien de la Santé, la professeure Paola Binetti, de l'université Campus Bio-Medico de Rome, a plaidé début octobre 2026, dans une intervention relayée par Adnkronos, pour une approche qui démonte les peurs des hommes atteints de cette tumeur. Car au-delà du corps malade, le diagnostic bouleverse la vie de couple, les relations et le rapport au temps qui passe. Le cancer de la prostate se combat aussi sur ce terrain intime, longtemps délaissé.Le cancer de la prostate est le plus fréquent chez les hommes
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez les hommes. En Italie, plus de 485 000 personnes vivent aujourd'hui avec ce diagnostic, et le taux de survie à cinq ans dépasse 90 %, selon la fondation AIOM, l'association italienne d'oncologie médicale. La maladie tue donc de moins en moins de personnes, mais laisse derrière elle un grand nombre de survivants.La maladie touche surtout les hommes âgés
Elle concerne principalement les hommes de plus de cinquante ans, avec un pic autour de 70 ans, souvent des hommes encore actifs et autonomes. Et à mesure que le dépistage progresse, ils sont de plus en plus nombreux à vivre de longues années avec les séquelles du traitement, sur le corps comme sur l'esprit.Les conséquences du traitement affectent la qualité de vie
Ce succès déplace le problème. Lorsque les patients ne meurent plus de la maladie, c'est la vie d'après qui compte, avec ses traitements aux lourdes conséquences. La chirurgie et la radiothérapie de la prostate laissent souvent des troubles de l'érection et une incontinence urinaire, qui touchent directement la sexualité et la confiance en soi.Les craintes liées à l'intimité et à l'identité persistent
C'est sur ce point que Paola Binetti concentre son attention. Recevoir ce diagnostic, rappelle-t-elle, ne signifie pas seulement affronter la peur de la maladie, mais aussi une cascade de questions sur la vie affective, le couple, les amitiés, et même le rapport à son propre corps et au temps qui passe. Son message est de démonter ces peurs une à une.Le silence autour de la sexualité reste un défi
Pourtant, cet aspect reste tabou. Pour des associations de patients comme Europa Uomo, le silence entourant la sexualité après un cancer de la prostate est « une véritable maladie sociale ». Beaucoup d'hommes cachent leur malaise, et la rééducation, psychologique comme physique, est encore souvent refusée ou difficile d'accès.La guérison exige une approche pluridisciplinaire
Pour les spécialistes réunis autour de ce sujet, la guérison ne se mesure pas seulement à l'absence de tumeur, mais à la capacité de continuer à se sentir un homme et un partenaire. Cela suppose une approche à plusieurs voix, où psychologues, urologues et oncologues travaillent ensemble, et où la parole du patient pèse autant que les examens pour décider quand traiter et quand surveiller.De nouvelles méthodes de dépistage visent à améliorer la prise en charge
La prévention progresse également. En Italie, un projet ministériel expérimente un dépistage organisé. Dans ce cadre, les médecins utilisent l'IRM pour mieux guider les examens. Cette approche pourrait ainsi éviter plus de la moitié des biopsies chez les hommes présentant un taux élevé de PSA, le marqueur sanguin de la prostate. L'objectif est de détecter plus tôt les tumeurs réellement dangereuses, sans provoquer d'angoisse inutile chez les autres patients.