Une nouvelle forme d'anxiété, « l'anxiété politique », progresse en raison de l'instabilité et de l'incertitude politiques, touchant des millions de personnes dans le monde.
Comprendre la politico-anxiété
Le terme politico-anxiété désigne un type d'anxiété lié à l'instabilité politique ou à des menaces perçues dans l'environnement politique. Il peut entraîner des symptômes tels que l'insomnie, le stress, la colère et un sentiment d'impuissance, bien qu'il ne soit pas encore officiellement reconnu dans les manuels de psychologie.Les préoccupations des Américains
Selon l'enquête Stress in America, 77 % des Américains se disent inquiets pour l'avenir de leur pays. En France, la dissolution inattendue de l'Assemblée nationale en juin 2024 a eu un impact psychologique important, certains la qualifiant de « coup d'État psychique ».Expériences personnelles
Nina, une Française de 39 ans, se souvient avoir ressenti de l'anxiété pendant la pandémie, lorsque le président Emmanuel Macron a déclaré « Nous sommes en guerre ». Elle a trouvé les restrictions du confinement, comme l'interdiction de s'éloigner de plus d'un kilomètre de son domicile, particulièrement déstabilisantes en raison de leur effet direct sur la vie quotidienne.Instabilité politique
Le psychiatre Antoine Pelissolo explique que les changements fréquents de gouvernement et le manque de clarté des orientations politiques contribuent à l'anxiété. Il souligne que ses patients s'inquiètent de problèmes comme la perte de pouvoir d'achat et l'insécurité de l'emploi, alors que les repères politiques traditionnels perdent de leur pertinence dans la société moderne.Surcharge d'informations
La philosophe Elsa Godart met en évidence la manière dont la saturation numérique alimente la politico-anxiété. Le flux constant d'informations provenant de sources variées rend difficile leur traitement, leur évaluation ou la décision d'agir en conséquence, ce qui engendre un sentiment d'impuissance et de confusion.L'anxiété comme moteur
Le psychiatre Nicolas Neveux souligne que la politico-anxiété touche non seulement ceux qui craignent pour leurs moyens de subsistance, mais aussi ceux qui estiment que leurs efforts sont vains. Il la compare à un jeu aux règles en constante évolution, qui fait naître un sentiment d'insécurité et de déconnexion vis-à-vis des systèmes politiques.Trouver du sens par l'action
Émilie, une femme de 46 ans, raconte comment aider les réfugiés ukrainiens de sa ville a réduit son anxiété. Elle a constaté que des actions concrètes, comme l'organisation d'événements caritatifs, l'aidaient à se sentir plus maîtresse de la situation et moins submergée par les événements mondiaux.L'anxiété, une fonction utile
Antoine Pelissolo note que l'anxiété est une fonction naturelle du cerveau qui aide les individus à anticiper les problèmes et à se protéger. Il est toutefois important d'éviter de se laisser enfermer dans des projections négatives et de se concentrer sur le présent plutôt que sur tout ce qui pourrait arriver à l'avenir.Jeunesse et engagement politique
Les jeunes générations adoptent une attitude différente à l'égard de la politique. Si 70 % des 12 à 30 ans se méfient des responsables politiques, 64 % estiment pouvoir faire bouger les choses par le biais des associations et des réseaux sociaux. Cela laisse penser que la manière d'aborder l'engagement politique évolue à l'ère numérique.Informée mais équilibrée
Elsa Godart met en garde contre le fait que les gouvernements pourraient tirer profit d'un climat politique fondé sur la peur et l'urgence. Pour réduire l'anxiété, les individus devraient être sélectifs quant au moment et à la manière de consommer l'information, en évitant les contenus alarmistes et en privilégiant des sources fiables. Se déconnecter des algorithmes des réseaux sociaux peut également aider à ne pas rester enfermé dans des bulles d'information pessimistes.