Les funérailles évoluent avec les innovations écologiques et numériques, de l'aquamation aux « deadbots » IA, remettant en cause les normes et soulevant de nouvelles questions juridiques et éthiques.
Pratiques funéraires diverses à travers les âges
Historiquement, en Occident, deux pratiques funéraires ont prévalu : l'inhumation et la crémation. Cependant, des recherches en thanatologie (Henri Duday, 2005) indiquent que les sociétés néolithiques d'Europe occidentale pratiquaient des gestes funéraires variés, loin d'une norme unique.Options funéraires écologiques en émergence
De nouvelles pratiques funéraires, expérimentées dans certains pays, sont apparues récemment. Par exemple, l'aquamation, qui consiste à dissoudre le corps dans une solution alcaline, ou la terramation (également appelée « humusation »), qui consiste à placer le corps dans des conditions favorisant sa dégradation rapide en humus.Défis environnementaux et juridiques
Ces nouvelles approches traduisent une profonde évolution du rapport contemporain à la mort. Les réflexions actuelles montrent des préoccupations écologiques croissantes et une volonté de repenser le devenir du corps après le décès à la lumière des enjeux environnementaux contemporains. Elles soulèvent de nombreux défis, notamment juridiques.Transformation technologique des funérailles
Le secteur funéraire subit également une pression technologique, notamment en raison du développement du numérique et, plus récemment, de l'intelligence artificielle (IA). Les nouvelles technologies transforment le rapport à la mémoire.Traces numériques du défunt
La plupart des pratiques funéraires partagent un défi ancestral : la disparition matérielle du défunt. Cependant, les nouvelles technologies numériques introduisent une rupture marquée : le corps disparaît, mais les traces immatérielles laissées par les vivants persistent.Cimetières numériques et deuil virtuel
La persistance d'un « double numérique » informel du défunt - par exemple, l'existence de comptes en ligne, de nombreuses photographies et vidéos, etc. - transforme en effet profondément le rapport à la mémoire des morts. Cette observation a conduit au concept de cimetière numérique ou de cimetière intelligent.Innovations technologiques dans les cimetières
Certains cimetières ont installé des caméras permettant la retransmission en direct des obsèques. D'autres travaux expérimentaux s'intéressent à l'utilisation de casques de réalité virtuelle (RV) pour répondre aux problèmes de saturation des cimetières, comme dans le cas de la chapelle Saint-Michel à Macao, et proposent des espaces immersifs pour se recueillir et déposer une fleur virtuelle.Outils numériques pour la gestion des cimetières
Des entreprises ont également investi le secteur en proposant des outils de modélisation, de gestion et de financement pour les cimetières. L'une d'elles propose l'usage d'un drone volant pour modéliser la carte 3D d'un cimetière, facilitant l'identification des emplacements ou la gestion des monuments.Capteurs pour la surveillance environnementale
Une autre utilisation des nouvelles technologies est l'équipement des cimetières de micro-capteurs autonomes, enterrés et connectés. Les principales motivations sont l'étude et le contrôle de la qualité environnementale des sols et des eaux souterraines voisines, ou l'optimisation de l'entretien des cimetières.Recherche sur les nécrocapteurs
Au centre Inria de l'Université de Lille, l'équipe de recherche ZEF participe au développement de ces capteurs destinés à mesurer la qualité des sols autour des tombes. Ces recherches sont co-dirigées par un consortium de recherche associant juristes, biologistes et informaticiens, tous intéressés par le statut du corps du défunt et ses traces numériques.Impact du numérique sur le deuil
Si la ritualisation de la mort reste symbolique chez les humains, les pratiques qui l'entourent évoluent désormais dans un environnement connecté ou « virtualisé ». Ces transformations modifient les liens entre les vivants et leurs défunts, et brouillent les frontières entre la sphère intime du deuil et l'espace public.Contenus générés par IA et enjeux juridiques
Les médias se sont ainsi fait l'écho des difficultés récurrentes rencontrées par les proches de Robin Williams, qui souffrent de la diffusion de vidéos générées par IA de l'acteur disparu. À l'inverse, des familles de soldats russes se tournent vers l'intelligence artificielle pour produire des vidéos d'adieu posthumes.Mémoriaux numériques et codes QR
Certaines tombes sont désormais équipées de codes QR « mémoriels », donnant accès à une biographie ou à des témoignages de proches, comme dans le cas des cimetières de la ville de Namur, en Belgique. De nombreuses familles utilisent également les réseaux sociaux pour annoncer un décès, partager des souvenirs ou même organiser une cérémonie d'hommage en ligne.Aspects juridiques des données post-mortem
En droit civil français, le droit à l'image est un droit extrapatrimonial qui cesse automatiquement au décès de la personne. Le défunt n'a « plus » de droit personnel à l'image. Les héritiers peuvent néanmoins invoquer un préjudice moral personnel.Encadrement des répliques numériques
Une initiative de la Californie sur l'encadrement des répliques numériques, appelées autrement « doubles numériques », mérite d'être saluée. Les IA et les « deadbots » Plus récemment, l'intelligence artificielle générative a donné naissance à de nouveaux dispositifs : les deadbots, agents conversationnels alimentés par la personnalité d'un défunt, à partir de ses traces numériques.Défis juridiques des données post-mortem
Le numérique modifie la nature même du patrimoine laissé par le défunt. Outre ses biens matériels, une personne laisse une quantité massive de données numériques, y compris ses données de santé. Cet ensemble constitue des « données post-mortem », qui définissent un nouveau « patrimoine informationnel » de la personne décédée, révélant parfois même des aspects intimes que le défunt entendait garder secrets.Absence d'égalité numérique face à la mort
La conséquence de ce défaut d'harmonisation est double : sur le plan des droits individuels, un citoyen européen ne bénéficie pas des mêmes garanties selon son pays de résidence. Cela soulève la question de l'égalité numérique face à la mort, alors que les services en ligne concernés sont internationaux.Gestion des actifs numériques
Les actifs matériels ou financiers (NFT, cryptoactifs, noms de domaine, portefeuilles numériques) font partie intégrante de la succession, puisqu'il s'agit de biens (le droit reconnaît l'existence de biens immatériels). Ils sont transmissibles aux héritiers. Cependant, un obstacle technique majeur subsiste : sans la transmission de la clé privée ou des mots de passe du propriétaire décédé, l'actif devient techniquement irrécupérable après son décès.Avenir de la succession numérique
Le cadre juridique actuel, fragmenté, appelle une réflexion sur la nécessité d'une harmonisation au niveau de l'Union européenne. Plusieurs auteurs et institutions plaident en faveur d'un cadre commun, qui garantirait à la fois la protection de la mémoire du défunt, les droits légitimes des héritiers et la sécurité juridique des opérateurs.Apports scientifiques et juridiques
Le numérique se révèle également une source d'inspiration face aux problèmes soulevés par les nouvelles pratiques funéraires. Grâce à lui, les chercheurs peuvent collecter et analyser de grandes quantités de données et mener des projets de recherche qui produiront des connaissances sur lesquelles les décideurs pourront s'appuyer pour adapter et améliorer le droit funéraire.