Les professeurs de géographie Pierric Calenge et Arnaud Brennetot estiment que le mépris généralisé à l’égard des paysages périurbains – ces zones en périphérie des villes, souvent qualifiées d’« inesthétiques » – minimise l’importance d’espaces à la fois omniprésents et essentiels à la vie moderne. Ces territoires, qui englobent les quartiers résidentiels de banlieue, les zones industrielles ou encore les espaces de transition entre zones urbaines et rurales, sont fréquemment ignorés ou rejetés au profit d’environnements jugés plus agréables à l’œil. Pourtant, ils remplissent des fonctions vitales en soutenant le quotidien, l’habitat, l’emploi et les infrastructures. Selon les deux chercheurs, cette aversion s’enracine dans une norme esthétique restrictive, qui privilégie la beauté au détriment de la fonctionnalité et de la diversité. Ils soulignent que cette vision occulte la complexité et l’importance de ces paysages, souvent façonnés par des dynamiques sociales, économiques et historiques. Les zones périurbaines ne sont pas de simples espaces à éviter ou à transformer, mais bien des composantes intégrales du tissu urbain, méritant respect et aménagement réfléchi. Calenge et Brennetot mettent en garde : la perception négative des paysages périurbains peut entraîner des décisions d’urbanisme hasardeuses, comme la surdensification ou l’abandon, aggravant la dégradation de ces territoires et le déplacement des populations. Ils plaident pour une approche plus inclusive et nuancée de l’aménagement urbain, reconnaissant la valeur de tous les types de paysages, indépendamment de leur apparence. Leur travail souligne la nécessité d’élargir le débat sur la manière dont la société définit et valorise les différents environnements. En repensant notre perception des zones périurbaines, il serait possible de concevoir des espaces urbains plus durables et équitables, reflétant la diversité des réalités contemporaines.