Les jeunes victimes d'AVC en France

Selon l'Inserm, 10 % des victimes d'AVC en France chaque année ont moins de 45 ans, ce qui remet en cause l'idée répandue selon laquelle l'AVC touche surtout les personnes âgées. À l'occasion de la Journée mondiale de l'AVC, des efforts sont déployés pour comprendre pourquoi les jeunes sont de plus en plus nombreux à en être victimes, alors que l'incidence diminue chez les personnes âgées.

Les facteurs de risque chez les jeunes

Les facteurs de risque classiques de l'AVC, comme l'hypertension artérielle, l'obésité, le surpoids et le diabète, touchent un nombre croissant de jeunes. Toutefois, ce n'est pas la seule explication.

Le témoignage d'un jeune victime d'AVC

Lors d'un week-end à Varsovie, en Pologne, Louis a soudainement perdu la capacité de parler et a vu tout en vert de son œil droit avant de s'effondrer. Le diagnostic a été celui d'un AVC. Une « nette augmentation » chez les jeunes a été constatée. La professeure Charlotte Cordonnier, neurologue au CHU de Lille et présidente de la Société française neurovasculaire (SFNV), souligne que 10 % peut sembler faible, mais que sur un très grand nombre de victimes, cela représente beaucoup, surtout pour une maladie grave.

La hausse des AVC chez les jeunes

Le professeur Yannick Béjot, chef du service de neurologie du CHU de Dijon Bourgogne et vice-président de la SFNV, observe que la probabilité de faire un infarctus cérébral a doublé chez les moins de 50 ans entre les années 1980 et 2000. Cette hausse n'en est que moins anodine « puisqu'elle n'a pas été observée dans les catégories d'âge plus élevées », note le professeur Béjot.

L'évolution des taux d'hospitalisation

Chez les personnes de plus de 65 ans, le taux d'hospitalisation pour AVC a diminué de 2,4 % chez les hommes et de 2,2 % chez les femmes entre 2008 et 2019, selon Santé publique France. Chez les moins de 65 ans, il a augmenté de 19,6 % chez les hommes et de 16,9 % chez les femmes.

Facteurs de risque et diagnostic

La progression de l'hypertension et du diabète pourrait en partie expliquer la hausse des AVC chez les jeunes, selon la professeure Cordonnier. L'amélioration du diagnostic pourrait également expliquer une partie de cette hausse, analyse-t-elle. « Lorsque des symptômes apparaissent, nous sommes plus susceptibles de réaliser une IRM qu'auparavant », considère la neurologue. Toutefois, l'augmentation des diagnostics n'explique pas tout.

L'impact de la consommation de substances

La consommation de certaines substances pourrait également expliquer cette hausse. Une étude menée par la faculté de médecine de l'université du Maryland montre que, dans les 24 heures suivant la consommation, la cocaïne multiplie par sept le risque d'AVC ischémique. Près de 140 000 personnes consomment de la cocaïne chaque mois en France, selon les derniers chiffres de l'OFDT, et les jeunes âgés de 18 à 34 ans représentent la majorité de ce groupe.

Les cigarettes électroniques et la pollution

« Nous nous interrogeons également sur les cigarettes électroniques », ajoute le professeur Béjot. Des études récentes menées sur des animaux montrent qu'une substance chimique utilisée dans certaines cigarettes électroniques pourrait avoir un impact sur les artères du cerveau. La pollution atmosphérique pourrait également contribuer à la hausse des AVC. « De nombreuses données scientifiques montrent que l'exposition à la pollution de l'air augmente le risque d'AVC », note le vice-président de la SFNV.

Mesures de prévention

La pollution favorise l'athérosclérose, un processus qui obstrue les artères. Le chef du service de neurologie du CHU de Dijon travaille sur une autre étude montrant que les pics de chaleur augmentent le risque d'accidents vasculaires cérébraux. « 80 à 90 % des AVC seraient évitables si une douzaine de facteurs de risque étaient pris en charge », affirme le professeur Béjot. Le médecin plaide pour des bilans de santé dès l'âge de 40 ans et, pour les femmes, à des moments de la vie particulièrement à risque, comme le début de la contraception, après une grossesse ou à la ménopause.

Rétablissement et engagement

Après son AVC, Louis a souffert d'aphasie, une perte de la capacité à parler. « Je me suis dit que je devais me battre pour réapprendre ma langue maternelle », raconte le jeune homme de 30 ans. Depuis, il a trouvé un poste d'assistant en ressources humaines et se bat pour que ce trouble soit reconnu, qu'il surmonte grâce à de nombreuses séances avec une orthophoniste. « J'ai donné plus d'une centaine de conférences sur le sujet au Canada, en Belgique ou en Pologne. » Son prochain projet : créer une exposition sur le manga pour sensibiliser les jeunes à l'aphasie.