La légende française de la techno Laurent Garnier revient sur sa carrière et son héritage dans un nouveau livre, explorant l'évolution de la musique électronique et sa place dans le monde actuel.
Un nouveau livre retrace la carrière de Laurent Garnier
Le DJ français Laurent Garnier, figure majeure de la techno et de la house, raconte son parcours dans un nouveau livre publié par les éditions Les Pérégrines. Ce livre, qui fait partie de la collection Icons, repose sur des entretiens menés par la journaliste Mathilde Ramadier. Il explore la carrière de Garnier ainsi que l'évolution de la musique électronique, passée de la scène underground au grand public. Le livre a été évoqué lors d'un entretien avec Garnier et Ramadier, près du Rex, club légendaire de Paris.Garnier s'interroge sur son héritage et son influence
À 60 ans, Garnier conserve une passion profonde pour la musique, tout en réfléchissant à l'héritage qu'il laissera. Il est en discussion avec la Bibliothèque nationale de France (BNF) pour préserver son travail, et reconnaît l'impact qu'il a eu sur ses fans et sur d'autres musiciens. S'il ne se sent pas à l'aise avec le terme « icône », il reconnaît l'importance de sa contribution à la musique électronique.La collaboration entre Garnier et Ramadier
Ramadier et Garnier se sont rencontrés il y a 14 ans, lors de l'élaboration d'une bande dessinée intitulée Rêves syncopés, qui retraçait l'histoire de la musique électronique en prenant la vie de Garnier comme fil conducteur. Leur collaboration s'est poursuivie au fil des années, jusqu'à ce nouveau livre. Garnier s'était d'abord intéressé au projet après une expérience négative avec un ouvrage précédent consacré aux DJ, qui contenait de nombreuses inexactitudes. Il préfère aujourd'hui être impliqué dans l'écriture afin de garantir l'exactitude des faits.Les débuts de Garnier
La passion de Garnier pour la musique remonte à l'enfance, sous l'influence de sa grand-mère, qui l'a initié au DJing. Sa famille n'imaginait pas la carrière qu'il allait embrasser, le métier de DJ n'étant pas reconnu comme une profession à l'époque. Un ami de son père a installé une cabine de DJ dans sa chambre lorsqu'il avait neuf ans, ce qui a éveillé son amour de la musique. Malgré son intérêt précoce pour la danse, Garnier a brièvement fréquenté une école hôtelière, une période qu'il considère comme déterminante pour s'affranchir des parcours tout tracés.Le premier véritable set
Le premier grand set de DJ de Garnier a eu lieu au Hacienda, à Manchester, en 1987. Il venait tout juste de s'installer dans la ville et s'est retrouvé propulsé dans ce rôle sans aucune expérience préalable. Il utilisait le pseudonyme DJ Pedro et a enregistré le set, qu'il a ensuite jugé « catastrophique ». La première expérience de Ramadier en tant que DJ a eu lieu au festival Sonar en 2003, alors qu'elle avait 15 ans, un moment qu'elle décrit comme un rite de passage.Préparer un set de DJ
Garnier souligne que la préparation d'un set de DJ implique d'écouter un grand nombre de morceaux et de sélectionner ceux qui seront joués. Il modifie souvent sa liste de titres à la dernière minute, en se fiant à son instinct et à l'énergie du public. Il se souvient de situations où certains morceaux n'ont pas trouvé d'écho auprès du public, ce qui illustre le caractère imprévisible de la scène.Le passage de la musique électronique au grand public
Garnier se souvient d'un moment charnière en 1998, lorsqu'il a pris la parole lors des Victoires de la musique pour défendre la musique électronique face aux critiques. Si la techno est désormais entrée dans le grand public, Garnier estime que la scène underground reste vivante et produit des œuvres marquantes. Il reconnaît la commercialisation de certains aspects de la musique électronique, mais y voit une évolution naturelle.Le DJing et l'avancée en âge
Garnier évoque les difficultés du DJing à mesure que l'on vieillit. Il attire désormais un public plus mature, tout en parvenant à créer un lien avec les plus jeunes. Il a adapté son mode de vie pour privilégier le repos et la famille, et limite ses tournées à deux week-ends par mois. Il insiste sur l'importance de préserver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.Le rôle politique et social de la danse
Ramadier met en avant l'importance de la danse en tant qu'expression humaine fondamentale, qu'elle relie à la liberté et à la communauté. Elle critique les lois qui encadrent la vie nocturne, comme la controversée loi Riposte, et souligne que les clubs relèvent du ministère de l'Intérieur plutôt que du ministère de la Culture. Garnier estime lui aussi que la portée culturelle de la danse et de la vie nocturne est souvent négligée.La danse comme espace de liberté et de vivre-ensemble
Garnier et Ramadier considèrent tous deux la danse et la vie nocturne comme des espaces de libération et d'inclusion. Ils évoquent l'importance de lieux comme le Berghain, qui imposent des règles, telles que l'interdiction des téléphones portables, afin d'améliorer l'expérience. Garnier critique l'usage du téléphone sur la piste de danse, qui selon lui nuit à l'instant vécu.L'IA et l'avenir de la musique
Garnier a expérimenté des outils d'intelligence artificielle, qu'il trouve utiles pour affiner ses sets, notamment en allongeant les introductions et les fins de morceaux. Il compare l'IA aux banques de samples et de boucles d'autrefois, en reconnaissant à la fois leur potentiel et leurs limites. Il conclut l'entretien en partageant un morceau qui le fascine actuellement, témoignage de l'évolution constante de la musique électronique.