La Cité du cinéma de Saint-Denis, autrefois pôle de production cinématographique, a fait l'objet d'accusations de mauvaise gestion et de liens politiques, désormais transformée en espace culturel public.
Historique de la Cité du cinéma de Saint-Denis
La Cité du cinéma de Saint-Denis, un vaste site industriel construit avec des fonds publics, a une histoire complexe, marquée par des accusations de détournement d'argent public et d'influence politique. Installé dans une ancienne centrale thermique de Saint-Denis, le complexe a été inauguré en septembre 2012, mais la ministre de la Culture de l'époque, Aurélie Filippetti, n'y a pas assisté.Coût et vocation initiale
Le site, qui a coûté près de 170 millions d'euros selon franceinfo, ou 160 millions d'euros selon Variety en 2012, devait être, dans l'esprit du réalisateur Luc Besson, un pôle de production cinématographique. Toutefois, la vision d'un « Hollywood-sur-Seine » ne s'est jamais pleinement concrétisée.Origines et transformation
Le site a été initialement commandé en 1933 pour alimenter le métro parisien, puis il a été transformé en le plus grand complexe de studios de France, conçu pour rivaliser avec des studios réputés comme Pinewood, Babelsberg et Cinecittà. Les Schtroumpfs 2 y a été tourné pendant trois semaines avant l'inauguration officielle, en utilisant les Paris Studios et leurs neuf plateaux.Partenariat public-privé
Le montage financier du projet reposait sur un partenariat public-privé entre la Caisse des dépôts et le groupe Vinci. La Cité appartient à la société Nef Lumière, majoritairement détenue par la Caisse des dépôts, un établissement public. EuropaCorp, la société de Luc Besson, n'était qu'un locataire de la Cité du cinéma.Accusations et procédures judiciaires
En novembre 2013, Le Parisien a révélé une note confidentielle de la Cour des comptes, selon laquelle le financement et la mise en œuvre du projet pourraient révéler un détournement de fonds publics et une complicité. Le document a été transmis à la justice et placé sur le bureau de la garde des Sceaux, Christiane Taubira. Les magistrats financiers ont relevé que des financements publics, décidés par quelques hauts responsables, ont pu profiter à une entreprise privée, et ils ont interrogé le caractère d'intérêt général du projet.Réaction d'EuropaCorp
EuropaCorp s'est dite surprise et indignée par ce rapport, affirmant n'avoir eu connaissance d'aucune enquête de ce type et n'avoir jamais été interrogée. La société a défendu le projet comme relevant de l'intérêt général pour la Seine-Saint-Denis et pour le pays tout entier. Le parquet de Paris a ensuite ouvert une enquête préliminaire, confiée à l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales.Un site reconverti
Faute de rentabilité, EuropaCorp a fini par quitter les lieux. Le vaste espace industriel, entouré de bâtiments tout neufs, a servi de restaurant d'entreprise aux athlètes pendant les Jeux olympiques de 2024. Il se trouve aujourd'hui au cœur du nouveau quartier du village olympique. La mairie souhaite que le site revienne au public.Nouvel exploitant et projets
Le 5 février 2025, un nouvel exploitant, Seine & Watts, a dévoilé son projet. La société exploite 12 000 mètres carrés pendant 10 ans et vise à attirer environ 300 000 visiteurs par an grâce à de grandes expositions. Son président, Didier Goubaud, recherche des expositions qui utilisent les technologies du cinéma ou qui sont construites autour du cinéma et de l'audiovisuel. Le programme comprend également des événements d'entreprise, une salle de cinéma de 450 places et un restaurant pouvant accueillir jusqu'à 1 000 personnes.Réouverture et événements
Selon Paris je t'aime, le site a rouvert au public en mai 2026. Un week-end d'ouverture s'est tenu les 19 et 20 septembre, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, avec des visites, des concerts, des démonstrations de doublage, de cascades et de maquillage. La programmation s'articule autour de quatre pôles : le cinéma, les arts de la scène, la musique et les médias. L'accès, cependant, dépend de chaque événement. Le calendrier se remplit déjà, avec la Michel Gondry Amateur Film Factory qui débute le 30 novembre 2026. La grande salle de projection de 437 places, dotée d'un écran de 17 mètres de large et d'une projection en 4K, ouvre au public en octobre 2026. Dès l'ouverture, elle proposera une programmation mêlant cinéma et opéra, avec des week-ends thématiques et des films pour enfants. La capacité diffère de celle annoncée en 2025 (450 places), un écart que seule la fiche de L'Officiel des spectacles permet de confirmer.