Le Haut-Commissaire à la Stratégie et à la Planification a publié un rapport intitulé Choisir son travail demain le 10 septembre 2026, analysant comment les changements démographiques affectent le système de retraite français. Le document prévoit que le ratio entre actifs et retraités passera de trois pour un en 2025 à 2,6 en 2035, puis à 2,2 en 2050. Ce basculement pourrait réduire l’assiette financière des pensions tout en alourdissant les dépenses liées au vieillissement, notamment dans les domaines de la santé et des soins de longue durée. Pour faire face à ces défis, le rapport propose plusieurs pistes : améliorer la collecte des impôts, modérer la hausse des pensions ou encore augmenter le nombre de travailleurs et la durée de leur activité. Il privilégie cette dernière option, estimant qu’un accroissement du volume de travail pourrait préserver les recettes sociales et atténuer les effets négatifs du vieillissement sur la croissance économique. En 2025, le taux d’emploi en France pour les 15-64 ans s’élevait à 69 %, légèrement en dessous de la moyenne de l’Union européenne (71 %). Le rapport souligne le potentiel des travailleurs seniors, encore largement sous-exploité. Il envisage une hausse de trois à quatre années supplémentaires de cotisations d’ici 2050, avec un âge de départ variant selon l’âge de début de carrière. Selon Antoine Foucher, responsable du rapport, une personne ayant commencé à travailler à 18 ans partirait à 64 ans, tandis que celles ayant débuté entre 23 et 24 ans pourraient partir à 70 ans. Le document reconnaît que l’allongement uniforme des carrières pourrait pénaliser injustement les profils ayant connu de longues périodes d’études, de chômage ou d’interruptions professionnelles. Il suggère d’adapter les règles d’acquisition des droits à la retraite, comme compter 150 heures travaillées comme un trimestre de cotisation ou instaurer un système de points où « chaque euro cotisé ouvre les mêmes droits ». Ces mesures visent à mieux accompagner les parcours professionnels discontinus et à limiter les ruptures brutales d’éligibilité dans le système actuel. La réforme de 2023, qui prévoyait une montée progressive de l’âge légal de départ à 64 ans, reste suspendue, l’âge légal actuel étant temporairement abaissé pour certaines générations. Si les débats politiques continuent de se concentrer sur l’âge de départ, le rapport recentre la discussion sur la durée totale de travail et les modalités d’acquisition des droits. Il soulève aussi des enjeux économiques plus larges, notant qu’un recul de la population active pourrait peser sur la croissance si les gains de productivité ne suffisent pas. Relever le taux d’emploi est présenté comme un moyen de stimuler à la fois la production et les recettes publiques. Clément Beaune défend l’idée de « réinventer un modèle de prospérité par le travail », tandis que le Haut-Commissaire estime que le modèle économique d’après-guerre n’est plus viable. La réussite de l’allongement des carrières dépendra de la capacité à maintenir les seniors en emploi. Reporter simplement la période de cotisation sans augmenter le taux d’emploi pourrait transférer les coûts vers l’assurance chômage ou d’autres systèmes sociaux. Le rapport lie ainsi la réforme des retraites aux politiques de l’emploi, à la formation et à la santé au travail. Il insiste sur la nécessité d’augmenter soit le nombre de personnes actives, soit le volume de travail par personne, ou les deux, en privilégiant une combinaison des approches, notamment pour les seniors, les jeunes et les travailleurs aux parcours incomplets. Le rapport n’aborde cependant pas la question des salaires, dont l’évolution n’a que partiellement suivi celle de la productivité ces cinquante dernières années.