Des archéologues ont mis au jour un temple romain dédié à Mars, dieu de la guerre, à quelques centimètres sous la surface d’une forêt de la région du Taunus, en Hesse (Allemagne). L’Office de protection des monuments de Hesse a annoncé cette découverte le 25 septembre 2026. Le temple se trouve dans un vicus, un établissement civil ayant existé aux côtés de la forteresse frontalière de Kapersburg. Depuis 2024, le service hessenARCHÄOLOGIE mène des fouilles sur le site en collaboration avec l’Université Goethe de Francfort. Certaines des découvertes nécessitent encore des vérifications supplémentaires. Autour du temple, les chercheurs ont découvert deux nouvelles pierres votives – des pierres gravées offertes aux dieux – ainsi qu’une statue de Victoria, déesse romaine de la victoire, et des fragments d’une autre statue. Cette seconde statue pourrait représenter Mars, mais cela reste à confirmer. Markus Scholz, professeur à l’Université Goethe, étudie les inscriptions. Il avait déjà traduit une pierre similaire dédiée à Mars, découverte sur le site l’an dernier. Le terrain, recouvert d’arbres et jamais labouré, a préservé de nombreux éléments de l’ancienne colonie. Routes, terrasses, bâtiments et couches d’occupation apparaissent presque intacts. « Ces couches préservées sont uniques en Hesse, car aucune agriculture n’y a jamais été pratiquée », explique Kai Mückenberger, archéologue de district et chercheur sur le Limes, la frontière romaine. L’absence de machines lourdes dans la forêt oblige l’équipe, dirigée par Manuel Pieper, à creuser presque entièrement à la main. La dernière campagne de fouilles a également permis de mieux comprendre la vie quotidienne du village. Les archéologues ont mis au jour des traces d’artisanat, dont une forge. Des couches de nivellement indiquent que les Romains ont plus tard démoli l’atelier pour construire des habitations. Le tracé des rues et des terrasses artificielles aide aussi à déterminer l’étendue de l’établissement. Pour saisir l’importance de cette découverte, il faut revenir à l’histoire de Kapersburg. Elle faisait partie du Limes, la frontière fortifiée de l’Empire romain en Germanie supérieure et en Rhétie. Pendant environ 150 ans, la forteresse abritait une unité auxiliaire appelée Numerus Nidensium. Son nom provient de l’ancienne Nida, aujourd’hui le quartier de Heddernheim à Francfort. Vers le milieu du IIIᵉ siècle, lors du déclin du Limes, les Romains ont abandonné la zone. Des fouilles antérieures menées par Louis Jacobi à la fin du XIXᵉ siècle semblaient confirmer cette chronologie. Cependant, près du temple, l’équipe a découvert une fibule de la fin de l’Antiquité, une épingle à vêtement, ainsi que des tessons de céramique faits à la main. Ces objets pourraient être les premières preuves d’une utilisation continue du site après le départ de l’armée romaine. Les chercheurs les associent prudemment aux Alamans, un peuple germanique qui s’est installé dans la région de Wetterau. Il reste à déterminer s’il s’agissait d’une présence temporaire ou d’une occupation plus durable. Le vicus ne semble plus être un simple établissement dépendant de la forteresse, mais une communauté indépendante dotée de son propre économie et d’un aménagement évolutif. Le temple éclaire les pratiques religieuses des soldats comme des civils à la frontière. Pourtant, de nombreuses questions persistent : l’identité de la statue reste incertaine, et la présence des Alamans doit encore être confirmée. Plus de 125 ans après les premières fouilles de la forteresse, la forêt continue de révéler de nouvelles informations. Cette découverte intervient deux décennies après l’inscription du Limes au patrimoine mondial de l’UNESCO. Kai Mückenberger espère poursuivre les travaux l’an prochain avec des étudiants de l’Université Goethe. Kapersburg pourrait offrir des indices précieux sur la transition entre la frontière romaine et les sociétés qui lui ont succédé.