La collection printemps-été 2027 de Tom Ford, conçue par Haider Ackermann, explore les thèmes de la séduction et du rapport entre sous-vêtements et vêtements. Parmi les pièces phares figure un soutien-gorge nommé Desire, qui en constitue un élément central. Les sous-vêtements y occupent une place prépondérante, avec des créations comme des seins nus sous une résille, un soutien-gorge orné d’un grand nœud en cuir noir ou encore un petit soutien-gorge à armatures stylisé en corset. Disponible en bleu électrique, ivoire ou noir, ce soutien-gorge se distingue par ses bonnets structurés à double volume en satin, sans bretelles et dotés de montures apparentes. Sa silhouette évoque à la fois la lingerie glamour des années 1950 et les photographies d’Helmut Newton, mêlant sensualité et puissance. Sur le mannequin Alex Consani, le soutien-gorge apparaît en rouge écarlate, avec des bretelles qui ceinturent le dos. La couleur rouge s’étend à la robe, aux lèvres et aux ongles, évoquant l’image d’une star hollywoodienne fatale, rappelant la robe rouge du film Matrix ou les lèvres flottantes de Man Ray. Le défilé célèbre l’érotisme, brouillant les frontières entre vêtu et dévêtu, entre extérieur et intérieur. Traditionnellement, le vêtement est retiré pour révéler le sous-vêtement. Ici, les deux moments se confondent : le sous-vêtement apparaît d’emblée et, paradoxalement, perd son statut d’accessoire caché. Exposé, il devient une structure du buste. Le costume, lui, emprunte le chemin inverse, avec une veste qui glisse, encadrant la poitrine et entaillant la peau plutôt que de la dévoiler. Il bascule du côté de l’intime. Dans Le Plaisir du texte, Roland Barthes se demande si « la partie la plus érotique du corps n’est pas là où le vêtement bâille ? » Pour lui, c’est précisément « l’intermittence » qui est érotique : la peau qui apparaît dans une « mise en scène d’apparition-disparition ». Tout se joue moins dans ce qui est enlevé que dans la façon dont ce qui reste organise le regard. Le soutien-gorge finit par vivre sa propre vie, presque comme un ready-made. Détachées de leur fonction première, ses deux coques pourraient tout aussi bien devenir des lèvres, des paupières, des pétales ou des œillères. Un sous-vêtement qui a cessé d’en être un.