Une fois la destination choisie et les aspects logistiques réglés, la meilleure façon de se préparer à une expatriation consiste à écouter ceux qui l’ont vécue et à lire leurs témoignages dans la presse. Par exemple, dans l’hebdomadaire The Copenhagen Post, le journaliste américain James Niiler, expatrié à Aarhus, au Danemark, offre un aperçu intime de sa vie à l’étranger, loin des guides pratiques. À travers son propre parcours entre les États-Unis et l’Europe, il s’interroge : « Que signifie aujourd’hui être chez soi pour nous ? Le fait d’être chez soi est-il même un concept légitime ? » Sans occulter les difficultés – choc culturel, nostalgie, sentiment de distance –, il souligne une réalité durable : « Une fois que vous commencez à vivre à l’étranger, vous laissez des morceaux de votre cœur éparpillés dans différents pays. » Une formule qui résume une condition contemporaine : celle d’un « chez-soi » fragmenté, toujours en train de se reconstruire. Voici quelques témoignages de personnes qui, malgré tout, ont réussi, aux quatre coins du monde, à faire de leur nouveau pays leur foyer.
Dans un entretien publié par le quotidien allemand Die Welt, l’entrepreneur allemand Mirko Kedenburg raconte son départ de Brême pour la Croatie, où il vit désormais avec sa famille près de Zadar, sur la côte adriatique. Son parcours est marqué par des ajustements financiers, professionnels et linguistiques importants. Sans idéaliser le pays, il décrit un environnement où les règles sociales semblent moins rigides, où les gens sont plus spontanés. Il met en avant une relation plus directe avec les autres, notamment dans l’espace public et la place accordée aux enfants : « Lors de nos premières sorties avec eux au supermarché ou au restaurant, ils jouaient, faisaient du bruit, et les gens le prenaient très calmement. C’est même l’inverse [de l’Allemagne] : en Croatie, on peut se faire réprimander si on demande à ses enfants de se taire. »
Sa compatriote Ruth Gutenberg, avocate de formation, a choisi de s’installer en Nouvelle-Zélande après être tombée amoureuse du pays. Attirée par la nature et la qualité de vie, elle a raconté son parcours au quotidien Die Zeit. « La qualité de vie ici est incomparable, déclare-t-elle. J’aspirais depuis longtemps à émigrer, donc le départ n’a pas été difficile. Après tout, j’ai pu emmener mon partenaire et mon cheval avec moi. » Parallèlement, elle a trouvé le moyen de travailler à distance en tant qu’avocate allemande. Elle a créé sa propre entreprise et fondé un cabinet spécialisé en droit de la famille et des successions. Le couple adore sa vie actuelle, entièrement centrée sur la nature. Sur le plan financier, le coût de la vie y est plus élevé qu’en Allemagne, ce qui impose des adaptations et des compromis. Par exemple, le couple vit dans une grande maison qu’ils louent et partagent avec des colocataires, explique l’avocate. « En Allemagne, nous aurions probablement pu nous offrir notre propre appartement. Mais ici, nous avons beaucoup d’espace et une vue magnifique sur les montagnes. » Bien qu’elle soit sûre de son choix, elle prodigue un conseil : se faire accompagner, notamment pour l’obtention des visas. Dans tous les cas, malgré les obstacles, lorsque Die Zeit lui demande si elle a des regrets, elle répond sans hésiter par la négative.
Deidre Donnelly, journaliste sud-africaine, raconte sur le site Business Insider comment son expatriation à Haïphong, au Vietnam, à l’âge de 40 ans, a transformé sa vie et sa perception du foyer. Elle s’était fixé le défi de s’expatrier « si le rêve d’une maison avec jardin et d’une famille ne s’était pas concrétisé » à l’approche de la quarantaine. Après trois mois, une fois le choc initial surmonté, la vie lui ouvre de nouvelles perspectives : elle trouve des colocataires, se crée un cercle social similaire à celui de l’université, apprend la langue et tisse des liens avec des enfants et des adolescents. Le temps renforce son sentiment d’appartenance, mais l’absence de ses proches, en particulier, persiste. La dualité de sa vie se matérialise dans ses possessions : « Je paie un garde-meubles au Cap tandis que j’accumule plus que ce que je peux transporter dans deux valises à Haïphong. » « Je vis dans un état de nostalgie permanente pour un lieu tout en étant dans un autre. » L’expatriation lui a offert liberté, sécurité et une nouvelle expérience professionnelle. « Pour l’instant, je suis entre deux mondes, jonglant entre deux carrières, avec mon esprit et mon cœur étirés sur plusieurs continents », écrit-elle, tout en se sentant chez elle au Vietnam.
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