Les catholiques français et Halloween

Le catholicisme français a répondu à la commercialisation d'Halloween en se réengageant dans la fête de la Toussaint, selon l'historien Paul Airiau. Cette réponse a conduit à la réapparition de saints locaux et de leurs reliques, alors que l'Église cherchait à reprendre possession de ses propres traditions face à l'influence croissante d'Halloween.

L'impact d'Halloween sur les pratiques catholiques

Depuis la fin des années 1990, le catholicisme français a compris qu'il était confronté à quelque chose qui ressemblait à la mort, mais pas de la manière dont il l'aurait souhaité. L'importation commerciale d'Halloween par une entreprise spécialisée dans les déguisements, ainsi que par Orange, qui a lancé une vaste campagne marketing, a soudainement placé les catholiques français face à une fête jugée trop morbide, gothique, voire diabolique.

Reprendre possession de la Toussaint

En réponse, les catholiques français ont organisé des défilés mettant en avant la Toussaint comme manifestation de la victoire divine sur la mort et les puissances démoniaques. Le « gâteau de la Toussaint » a été lancé à Paris en 2001 et le festival « Holy Wins » en 2002, associant concerts pop-rock et évangélisation, et rencontrant un succès plus assuré, y compris en Belgique.

Submersion culturelle et statut minoritaire

Chez les catholiques, une forme de cristallisation existentielle s'est produite, provoquée par ce qui était vécu comme une submersion culturelle de la matrice chrétienne de la France. Cette période a marqué une entrée plus ou moins consciente dans le fait d'être désormais minoritaires, voire ultra-minoritaires, les stratégies commerciales imposant une réalité que les évêques avaient plus ou moins admise avec le « rapport Dagens » de 1996.

Retrouver le sacré par la joie

La réponse à Halloween s'est délibérément ancrée dans une perspective de manifestation joyeuse et détendue, modifiant quelque peu le sens de la fête catholique. Les attestations matérielles du sens de la Toussaint revendiqué par le catholicisme n'ont pas été mobilisées, et les dimensions rituelles et liturgiques des pratiques de culte ont été en partie mises de côté.

Le retour des reliques et des saints locaux

Le retour des reliques témoigne d'une rupture dans la tradition et dans la mémoire croyante. Les saints locaux, régionaux et paroissiaux sont largement tombés dans l'oubli, y compris chez les catholiques les plus militants, en raison de la rupture culturelle que représente l'urbanisation accélérée des années 1950-1970. Les processions de reliques profitent désormais principalement de quelques vedettes des ostensions et des processions, notamment sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Une évolution des pratiques catholiques

Faut-il croire que la veillée au Stade de France le 25 septembre dernier indique un changement de perspective et que, à la Toussaint et lors des fêtes patronales, les processions et la vénération des reliquaires vont désormais se multiplier ? Peut-être, qui sait. Elle témoigne en tout cas d'une plus grande sensibilité à la puissance sacrée des reliques et d'une religiosité quasi matérielle, qui se fixe sur les restes corporels, indépendamment de toute remise en question des légendes des saints invoqués.