Le secteur de la réparation réclame un soutien politique

À l'approche de 2027, le secteur de la réparation s'exprime avec prudence sur la nécessité d'un soutien politique et de financements. Lors de la conférence d'ouverture des Journées nationales de la réparation, tenue le 15 octobre 2026, des professionnels du secteur ont dressé un constat clair : si les enjeux de durabilité et de réparabilité ont imprégné la société, ils peinent à trouver une traduction politique concrète.

La sensibilisation du public progresse, mais la volonté politique tarde

Dans la population, de nombreux indicateurs sont au vert. Selon le ministère de la Transition écologique, 62 % des Français connaissent l'indice de réparabilité et les deux tiers s'en servent pour orienter leurs achats. Par ailleurs, 91 % de la population a une bonne image de la réparation, selon Ecosystem. La bataille culturelle est donc en passe d'être gagnée, mais la volonté politique fait toujours défaut.

Le secteur de la réparation dresse 40 mesures pour 2027

Pour sortir de cette torpeur, l'association entend profiter du « momentum politique » actuel et vient de publier 40 mesures à destination de l'environnement et des consommateurs à l'horizon 2027, afin d'influencer le prochain quinquennat. Le stress lié à l'élection présidentielle à venir commence à se faire sentir, certains déclarant : « Je sais que j'ai un emploi jusqu'en mai prochain, mais après... » Les financements de l'économie sociale et solidaire se sont raréfiés, et les équipes capables de mener des projets de grande ampleur diminuent d'année en année.

Les changements politiques menacent le financement des initiatives de réparation

Le cas des Pays de la Loire, où 500 emplois ont été supprimés entre juillet et décembre 2025 selon la Cress (Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire), a suscité l'attention. Le basculement de la France vers l'extrême droite pourrait aggraver cette dynamique, le parti de Marine Le Pen proposant de réduire les subventions aux associations sans lien avec l'intérêt général et de diminuer de 20 % les dotations financières de certaines agences de l'État.

Des élus locaux proposent des politiques centrées sur la réparation

Pour inverser la tendance, certains élus avancent des pistes plus ou moins concrètes. Pierre Lombard, adjoint à la mairie de Paris chargé de la propreté, de l'assainissement, de la réduction des déchets et de l'économie circulaire, souhaite mobiliser le « pouvoir subversif de la réparation contre les grandes entreprises capitalistes ». La collectivité entend ainsi axer sa démarche sur la formation et proposer des temps périscolaires de « travaux ménagers », en mettant notamment l'accent sur la réparation dans une logique d'égalité entre les femmes et les hommes.

La réparabilité liée aux risques environnementaux et à l'intelligence artificielle

David Cormand, député européen (Les Écologistes), a établi un parallèle entre les enjeux de la réparabilité et ceux liés au développement de l'intelligence artificielle, affirmant qu'elle « contribue à une dépossession de notre rapport à ce que nous produisons et consommons ». Il a averti que si nous continuons ainsi, nous nous dirigeons vers quelque chose de cauchemardesque, totalitaire et destructeur pour l'environnement.

Partage des données et pilotage des politiques publiques nécessaires

Sur le terrain, les structures ont rappelé l'importance de la coopération, qu'il s'agisse des ressources ou du partage des données. De nombreux acteurs ont en effet réclamé un véritable pilotage des politiques publiques par les données. Clément Ivanovitz, responsable qualité, sécurité et environnement chez Envie, a déclaré : « Ce serait super si l'on pouvait disposer de retours sur l'ensemble des données de tous les réparateurs. »

Les difficultés de mise en œuvre des initiatives de réparation

L'idée de créer des ventes dédiées à la réparation, une sorte de parenthèse sanctuarisée dans le calendrier pour encourager la réparation, a également été évoquée, mais les contraintes matérielles ont rapidement pris le dessus. La difficulté d'accès à la formation, le coût élevé du foncier ou la hausse du prix de l'essence, qui renchérit les interventions à domicile, ont été cités comme des problèmes. Gilles Saint-Didier, vice-président de la Fedelec, a confirmé que « le coût du transport est une dépense majeure ».

Le secteur de la réparation crée des emplois, mais a besoin d'investissements

Selon l'Ademe, le secteur du réemploi a déjà créé 75 000 emplois uniquement dans le périmètre des biens et équipements de consommation. Toutefois, « il faut investir d'abord avant d'en récolter les bénéfices », explique Anne-Charlotte Bonjean, coordinatrice en charge de la durabilité des équipements et des ressources à l'Ademe. Ne sachant pas ce qui leur sera proposé, les acteurs de l'économie circulaire ne se positionnent pas encore clairement dans un camp ou dans l'autre pour la bataille de 2027.

Incertitude et optimisme prudent

Lors des élections législatives de 2024, de nombreuses structures ont pris position contre l'extrême droite, notamment HOP, qui a relevé que « [son] projet, en tant qu'association, paraît sérieusement menacé ». En 2026, Laetitia Vasseur se montre prudente : « Il faut espérer des jours meilleurs. Que les besoins soient entendus et que les réponses soient à la hauteur. »