Une vidéo montre le frère d’une personne rangeant sa tasse dans le lave-vaisselle et sa veste ne touchant jamais le dossier de la chaise. Pendant ce temps, d’autres laissent traîner leurs clés, leurs chargeurs ou leur courrier. Lui, ferme le tiroir derrière lui sans même y penser. On qualifie souvent ce genre de comportement de « rigide » ou de « perfectionniste ». Pourtant, ce réflexe relève moins d’une obsession de l’ordre que d’un rapport particulier aux habitudes et à la charge mentale. L’impact du désordre Les psychologues américains Darby Saxbe et Rena Repetti ont mesuré l’effet du désordre sur l’organisme. Dans une étude menée en 2010, 30 couples ont consigné leur humeur dans un journal et fourni des échantillons de salive. Les participants ont également accepté que des chercheurs se rendent chez eux pour noter les mots qu’ils employaient : « en désordre », « inachevé », ou à l’inverse, « apaisant ». Les résultats, publiés dans la revue Personality and Social Psychology Bulletin, circulent largement depuis. Les femmes qui décrivaient leur intérieur comme encombré ou rempli de projets inachevés présentaient une courbe de cortisol plus plate tout au long de la journée, un profil associé au stress chronique. Celles qui décrivaient leur domicile comme paisible voyaient leurs niveaux d’hormones de stress diminuer normalement le soir. L’humeur dépressive était également plus marquée dans les foyers décrits comme encombrés. Chez les hommes, aucun lien similaire n’a été observé. Cependant, il convient d’être prudent : l’échantillon était restreint, et l’étude établit une corrélation, non une causalité. Elle suggère toutefois qu’un objet égaré agit comme un rappel d’une tâche à accomplir, et que le cerveau le remarque même sans y penser. Ranger immédiatement coupe court à ce rappel avant qu’il ne s’installe. L’habitude, ou l’art de ne pas y penser Pourquoi certaines personnes y parviennent-elles sans effort ? La psychologue Wendy Wood, de l’Université de Californie du Sud, avance une explication. Dans une étude publiée en 2002 dans la revue Journal of Personality and Social Psychology, son équipe a demandé à des étudiants de noter chaque heure ce qu’ils faisaient, pensaient et ressentaient. Entre 35 % et 43 % de leurs actions, selon les deux études, étaient des habitudes : des gestes répétés presque quotidiennement au même endroit. Ce sont aussi les actions qui demandent le moins d’énergie. Lorsque les participants agissaient par habitude, ils pensaient à autre chose et ressentaient moins de stress que lorsqu’ils accomplissaient des actions nouvelles. Ceux qui rangent immédiatement ne font pas nécessairement preuve d’une volonté supérieure. Pour eux, l’action s’est associée à un contexte (poser la tasse, se rendre à l’évier) jusqu’à devenir automatique. Ils n’ont pas l’impression de se forcer ; ils économisent de l’énergie mentale. Et cette différence ne relève pas d’un caractère figé : une habitude se construit.