Plante autrefois ornementale, Miconia calvescens menace désormais 70 % des forêts de Tahiti, se propageant rapidement depuis son introduction en 1937.
Origine du miconia à Tahiti
Plus des deux tiers de Tahiti sont aujourd'hui sous l'emprise d'une seule espèce, Miconia calvescens, un arbre aux grandes feuilles dont la face inférieure devient violette. L'arbre a été planté en 1937 comme simple plante ornementale dans un jardin privé de Papeari par Harrison Willard Smith, un ancien professeur américain de physique passionné de botanique, arrivé à Tahiti en 1919.Propagation et impact du miconia
Cette espèce est originaire des forêts humides d'Amérique centrale et du Sud, où elle n'est pas commune et ne forme jamais de peuplements purs. Elle a généralement besoin de plus de 2 000 mm de pluie par an, alors qu'à Tahiti elle s'adapte à 800 mm. Son introduction pourrait venir de Ceylan, l'actuel Sri Lanka, une hypothèse qui doit être considérée avec prudence.Une propagation partie d'un jardin privé
Le miconia a également été planté à la station agricole du plateau de Taravao par Jean-Marie Boubée, ingénieur agronome, ami et collaborateur de Smith. Boubée a ensuite hérité du jardin de Papeari. En une cinquantaine d'années, le miconia s'est installé sur environ 70 % de Tahiti.Caractéristiques de croissance du miconia
Dans les années 1930, un ouvrage américain d'horticulture le citait déjà parmi les plus beaux feuillages pour les serres. À l'âge adulte, c'est un arbre de 12 à 16 mètres de haut, et non un arbuste, aux feuilles longues de 20 à 80 cm, les plus grandes atteignant presque la largeur d'une porte intérieure. Il commence sa vie sous forme d'arbuste, avec une face inférieure des feuilles bleu-violet.Ampleur de l'invasion
En une cinquantaine d'années, le miconia s'est installé sur environ 70 % de Tahiti. Une étude de 1996 signée Meyer estime que l'invasion touche plus de 65 % des forêts, soit environ 70 000 hectares, soit plus de six fois la superficie de Paris. Sur plus de 25 % de ces surfaces, il pousse seul.Capacité de reproduction du miconia
Du domaine initial de 137 hectares aux 70 000 hectares de forêt colonisés, la zone touchée a été multipliée par plus de 500. Depuis, l'espèce s'est étendue à d'autres îles, notamment Moorea et Raiatea. La germination atteint jusqu'à 90 % des graines, même sous 2 % de la lumière totale, et elle réussit aussi sur les rochers ou l'écorce des arbres.Efforts de lutte biologique
Un champignon introduit en 2000 a ralenti son expansion sans l'éradiquer. Le champignon a donc d'abord été testé en laboratoire. Après deux ans d'essais, 10 % des plants étaient morts et 50 % gravement atteints. En 2000, soit 63 ans après la plantation de Smith, le champignon Colletotrichum gloeosporioides f. sp. miconiae, qui s'attaque au miconia, a été introduit à Tahiti.Impact écologique plus large
Tahiti n'est pas un cas isolé. À Hawaï, le premier miconia était un seul arbre du jardin botanique de Wahiawa, sur Oahu, planté en 1961. Dans le nord du Queensland, en Australie, les populations sauvages semblent suivre un schéma de propagation similaire. Harrison Smith est mort le 3 janvier 1947 à Papeari. Il n'a jamais vu l'invasion : les cyclones qui l'ont révélée sont survenus 35 ans après sa mort.Gestion actuelle et prévention
Le miconia figure désormais parmi les espèces suivies par l'Office français de la biodiversité. Avant d'acheter une plante exotique pour votre jardin, consulter ces fiches sur les espèces envahissantes est le réflexe qui manquait en 1937.