Un PDG qui croyait tout contrôler : un dîner le mettra en procès. Parfois, il suffit d’une batterie déchargée pour qu’un homme important redevienne simplement un homme. Erik Dogam, PDG d’un groupe multinational, avait tout prévu : son emploi du temps, son corps, ses déplacements, ses affaires, probablement même la quantité d’oxygène nécessaire à une journée bien menée. Une panne de téléphone vient pourtant perturber la mécanique. Et Michel Layaz résume son héros avant même de commencer à le démanteler : « Erik Dogam n’aimait pas les surprises. » Dogam se retrouve à pied dans la campagne fribourgeoise, puis couvert de purin, recueilli par Fortuna et installé dans une maison où la nourriture est bien préparée, où l’on boit encore mieux, et où se pratique un divertissement étrange : « Ici, un peu à l’écart, on essaie de déterminer si la vie menée par untel ou untel vaut la peine d’être vécue. » Alizée sera la procureure, Gwendoline l’avocate, Fortuna la juge. Madame Fernande observe, Friedrich cuisine. Dogam, lui, devient l’accusé. Il accepte. Il aurait peut-être mieux fait de demander les conditions générales. Le plaisir d’Une situation imprévue naît de ce piège tendu avec une courtoisie presque excessive. Layaz réutilise explicitement le dispositif de La Panne de Friedrich Dürrenmatt, mais en déplace le procès. Il ne s’agit plus seulement de faire émerger une faute intime : l’homme sur le banc des accusés incarne une logique économique, une façon de penser le monde comme une suite d’objectifs, de performances et de marchés. Dogam n’en doute pas. « Le capitalisme est ancré dans notre chair, vous comprenez ? » affirme-t-il, avec l’assurance des personnages qui prennent leurs certitudes pour des lois naturelles. Le succès du livre tient d’abord à cette voix : sèche, précise, moqueuse sans hausser le ton. Layaz laisse Dogam s’accuser méthodiquement. Plus il veut prouver sa valeur, plus il alimente le dossier. Plus il se croit séduisant, plus son aveuglement devient comique. Même sa brutalité se présente comme du bon sens : « Le monde n’est pas un jardin d’enfants. » Les verres se remplissent, les mots se délient, et le dîner se transforme en autopsie sociale. Ça craque sous la dent. Pourtant, le procès a ses limites. En accumulant les chefs d’accusation contre Prospéra – concentration économique, agriculture industrielle, atteinte aux sols et à la biodiversité –, le mécanisme devient trop visible. L’interrogatoire explique plus qu’il ne suggère ; Alizée ressemble parfois moins à un personnage qu’à un dossier remarquablement documenté. La satire perd un peu de son venin quand elle désigne trop clairement sa cible. Les rôles féminins restent eux-mêmes en partie assignés à leurs fonctions judiciaires : l’une attaque, l’autre défend, la troisième tranche. Mais Layaz retrouve son tranchant dès que le procès dérape. Car défendre Dogam revient bientôt à l’humilier davantage : peut-être n’est-il ni démon ni génie du mal, seulement l’exécutant zélé d’un système qui pense à sa place. « Dogam n’est ni un diable, ni Macbeth, ni un génie, c’est juste un PDG scrupuleux », plaide Gwendoline. Pour cet homme qui a bâti toute son identité sur la maîtrise et le pouvoir, l’excuse devient presque une insulte. Alors Dogam exige ce qu’on voulait lui retirer : sa grandeur, même si elle est criminelle. « Je suis coupable. » La formule est magnifique parce qu’elle sonne pour lui comme une promotion. Même condamné, il veut rester exceptionnel. Une situation imprévue fonctionne ainsi comme une farce à combustion lente : on sourit d’abord de l’orgueil d’un homme, puis on réalise que le rire vise quelque chose de plus large. La démonstration est parfois appuyée, mais le rythme, l’ironie et la cruauté domestique de la pièce close portent l’ensemble. Et quand Dogam retrouve enfin son monde, aucune conversion ne vient rassurer le lecteur. « Dogam avait retrouvé sa nature, son équilibre, sa clarté. Il se sentait fort. Invincible. » Le procès est terminé. La sentence, elle, s’étend bien au-delà de l’accusé. Parmi les autres parutions littéraires notables figurent La Crieuse de Camilla Läckberg, qui s’ouvre dans l’étouffement avec une jeune fille en proie à l’incompréhension face à ce qui lui arrive. Une phrase suffit à installer la menace : « Elle ne voulait pas mourir. » Les Compagnons indociles d’Abdeljalil Lahjomri est une autobiographie de lecteur, composée de rencontres, de retours, de désaccords et de fidélités. Chat Larme d’Hélène Cixous ouvre la porte à l’absent, cherchant dans des carnets, des photographies, des rêves, des voix, des animaux aimés. Le Cœur d’un enfant de Laure de Rivières construit un roman comme une maison où chaque pièce cache une porte secrète. Checkpoint Chine d’un correspondant franco-espagnol à Pékin explore une disparition menant à une enquête interdite. Le Commandant du fleuve de Yabar parle vite, de travers, avec des détours, des arrêts brusques, une blague au moment où ça fait mal. Résurrection de Leïla Slimani adapte Tolstoï, le resserre, le déplace, le confronte au présent. Alaska d’Émilien Borie explore la cancel culture, la congélation chamanique et le vélo d’appartement. Les Écrivains dans le débat de Michel Winock rassemble trois livres sur des écrivains au cœur du débat public. Nous sommes entourés de fous de Mathias Moncorgé et Patrick Glâtre explore Jean Gabin au-delà du mythe. La Balance de Judith de Galien Sarde s’ouvre sur une phrase qui tombe avant la chute : « Même si je ne sais pas, je vais bientôt mourir. » L’Argile et le Feu d’Ian Manook part d’une matière pauvre, lourde, ordinaire. Les Fantômes de Gaza d’Alexandra Schwartzbrod est un thriller d’anticipation. L’Éléphant de Patrick Modiano revient à ses obsessions familières : Paris, les traces, les silhouettes perdues, la mémoire qui flanche, et ces vies que l’on croit reconnaître derrière une fenêtre. Jour après jour, signé par six auteurs, explore l’histoire des classes populaires en France. Le Gène qui ne voulait pas mourir de Jean-David Zeitoun interroge ce que nous héritons vraiment. Hiérarchie de James Islington commence par « Je suis suspendu. » Sororité de Clarence Edgard-Rosa explore pourquoi on apprend si tôt à se méfier des autres femmes. Infierno de Carmen Mola plonge dans l’enfer de la traite des esclaves à Cuba. Femmes nues en chaussettes de Cécile Crassous explore le corps, ses coutures et ce qui le dépasse. Et si nous avions surestimé le pouvoir de nos gènes ? de Jean-David Zeitoun interroge les limites de l’héritage génétique. Hiérarchie de James Islington commence par « Je suis suspendu. » Les Trois Hortense d’Adrien Goetz est un roman historique qui égare ceux qui le lisent. Mississippi, d’un auteur anonyme, explore trois femmes face à l’inondation et à leur passé. Faut-il croire au Code ? d’un auteur anonyme explore le parcours d’une jeune femme dans une start-up. Sous le grand soleil de Pauline de Vergnette embrase la famille. Humain de Sam Bouffandeau explore les mots des morts. Vous, Madame de Charlotte Milandri explore le corps qui garde les mensonges et les secrets. Chérine de Thaïs Dia explore la vie rêvée que l’on ne vit pas. Avec Abdallah superstar d’Iman Ahmed explore des fantômes qui dansent sur YouTube. Chez les Flint d’un auteur anonyme explore la famille Flint où chacun a un problème. Horélie de Delphine Saada explore quelqu’un qui observe derrière un écran. Butare, la ville avant la nuit d’un auteur anonyme explore une ville avant le génocide. L’Écrivain de Tanger de Dounia Tengour explore l’histoire, l’exil et les secrets. Des bêtes et des oiseaux de Coro explore une douleur brute et sa part de folie. Maboule de Maboule explore le parcours de la transmission. Keith Jarrett au Japon de Philippe Séclier explore une musique qui disparaît après avoir été jouée. Le Parfum des feuilles de thé de Camille Monceaux étend l’univers de Le Secret des bonbons pamplemousse. Le Trésor de l’hiver de Gilles Baum et Csil explore animaux et objets. Molière en scène, sous la direction d’un collectif de chercheurs, explore la mise en scène des pièces de Molière. La Fête des miettes de Fanny Sidney explore une soirée secrète. Esquisse d’un tueur en série de Hu Mu-ching explore une affaire criminelle. Le Chœur ukrainien de Coralie Grimand explore les voix des exilés. Malaise chez les plongeurs d’un auteur anonyme explore la reconstruction de l’humanité. L’Art de la sieste de Thierry Paquot explore l’histoire et la phénoménologie de la sieste de la sixième heure. L’Odyssée tragique de MC Ruby d’un auteur anonyme explore un groupe de migrants jetés par-dessus bord. Un beau marché ? Non, une grande cause ! de Jean-Pierre Spitzer explore la loi contre l’intérêt de l’État. Goliarda Sapienza de Tripode explore l’œuvre complète de Goliarda Sapienza. Un fiancé disparu sur le Nil de Carine Pitocchi explore un mystère en Égypte. Mère célibataire de Clotka explore le chaos joyeux du quotidien. Les Esclaves – Les Hauts Quartiers de Paul Gadenne de Rébecca Déraspe et Yoakim Bélanger explore un traumatisme enfoui. Une pilleuse de tombes seme le chaos d’Ernestine Garnier explore un mystère au cimetière Montparnasse. Corinne Luchaire de Cédric Meletta explore le destin brisé d’une jeune actrice. L’Homme d’en bas de Paul Leroux explore les entrailles d’une conscience en « ruine ». Cette bande dessinée de Home Sick Pilots explore une maison hantée transformée en machine de guerre punk. Sarah Knafo de Sarah Knafo détient la recette secrète d’un casse du siècle. Le Voyage de Robert Louis Stevenson de Robert Louis Stevenson explore les Cévennes. Fille des Corbeaux de Mark Lawrence explore une saga fantasy sombre. Sarah Marquis de Sarah Marquis explore les leçons d’une exploratrice aventurière.