Premier roman de Rowe Irvin

The Life and Death of a Mite, premier roman de Rowe Irvin, raconte l'adolescence primitive de « Ma Fille », élevée seule par sa mère dans une cabane en forêt, coupée du monde. Le roman se distingue par une démarche linguistique singulière, l'autrice se rattachant à une esthétique que l'essayiste Robert Macfarlane, dans un article du Guardian publié en 2015, a baptisée « English Eerie ».

L'esthétique « English Eerie »

Cette esthétique s'inspire de l'œuvre de M. R. James, auteur britannique de récits surnaturels, dont la vision du paysage, en particulier celui de l'Angleterre, se caractérise par des « forces inquiétantes, des souffrances à demi enfouies et des droits de propriété contestés ». Macfarlane relève des points communs entre la musique, l'art, la littérature, le cinéma et la photographie, qui témoignent d'une « culture du paysage » où les thèmes jamésiens de déstabilisation et de déplacement sont mis en lumière.

Langue et nature

Dans The Life and Death of a Mite, l'idiome proche du vieil anglais employé par l'héroïne se construit autour de la perception de la nature. En d'autres termes, la forêt = la langue. Depuis sa naissance, Ma Fille, comme l'appelle sa mère, n'a eu de contact qu'avec sa mère et, pour le reste, avec les animaux : c'est elle qui nomme les choses, à la manière du premier homme.

Structure narrative et thèmes

Le récit de Myma alterne avec celui, raconté à la première personne, de Ma Fille, dite Muck. Fille de vétérinaires de campagne, Rowe Irvin possède une connaissance intime du règne animal, qu'elle associe ici à une sensibilité poétique : Muck utilise un lexique simple pour bâtir des expressions baroques et primitives, produisant un effet de familiarité troublante, malheureusement perdu dans la traduction.

Symbolisme et défis de la traduction

La phrase enfantine, issue d'une observation naïve (« Rot like the gone-bad-on-the-inside of fruit »), devient « Rot - like the flesh of a spoiled fruit » : la syntaxe est irréprochable et s'achève sur un adjectif soutenu. Ce souci de toujours bien écrire est très français ; Muck, pourtant, évolue dans le domaine de la forêt, où l'on n'a pas besoin d'un baccalauréat pour gravir l'échelle sociale.

Résonance culturelle et accessibilité

The Life and Death of a Mite se prête difficilement à la traduction dans une langue non germanique si l'on tient à préserver l'effet de l'« English Eerie ». Mais ce roman magnifique mérite d'être lu : pourquoi ne pas le découvrir dans les deux langues ? The Life and Death of a Mite vivra ainsi deux vies.