Les amateurs de films d'horreur recherchent une libération émotionnelle et le contrôle, trouvant une valeur thérapeutique dans la peur fictive.
Rituels du film d'horreur
Chaque vendredi soir d'octobre, Claire, une chcheffe de projet de 34 ans, suit toujours la même routine : s'installer dans le noir sur son canapé pour regarder un film d'horreur. Elle reconnaît se sentir anxieuse au quotidien, mais trouve un certain calme dans ces films. La peur structurée à l'écran, explique-t-elle, offre une expérience maîtrisée qui contraste avec les angoisses imprévisibles de la vie réelle.Effet thérapeutique de la peur
Claire décrit se sentir « étrangement légère » après avoir regardé des films d'horreur, comme si elle avait libéré quelque chose. Elle dort même mieux ces soirs-là. Cette décharge émotionnelle, affirme-t-elle, fait partie de l'attrait. Vivre la peur dans un cadre contrôlé lui permet de affronter et de traiter ses émotions en toute sécurité, et lui procure un sentiment de soulagement.Le plaisir de l'horreur chez le public
Claire n'est pas un cas isolé. Une enquête du Recreational Fear Lab de l'université d'Aarhus a révélé que plus de 55 % des adultes nord-américains apprécient les films, livres ou jeux d'horreur. Cet engouement largement partagé a conduit les chercheurs à s'intéresser au « paradoxe de l'horreur » : pourquoi les gens recherchent-ils une émotion qu'ils sont naturellement enclins à éviter ?La peur ludique comme entraînement émotionnel
Les scientifiques avancent que la peur ludique peut servir d'entraînement émotionnel face à de réelles menaces. Selon le Recreational Fear Lab, regarder des contenus d'horreur pourrait aider les individus à simuler la confrontation avec un danger dans un environnement sûr. Cet exercice mental peut améliorer la régulation émotionnelle et la capacité à réagir aux crises imprévues, un peu comme les jeunes animaux s'exercent aux affrontements à travers le jeu.Horreur et résilience pendant la pandémie
Pendant la pandémie, les amateurs de films d'horreur ont déclaré se sentir plus résilients que les autres. Ceux qui appréciaient les contenus liés à la survie, comme les scénarios de zombies ou d'apocalypse, se sentaient mieux préparés à la crise. De même, les personnes fortement intéressées par les sujets macabres disposaient de ressources psychologiques plus importantes, ce qui suggère que l'exposition à la peur fictive pourrait les avoir aidées à faire face au stress de la réalité.Les limites de la peur fictive
Toutefois, une étude de 2026 publiée dans la revue BMC Psychology invite à la prudence. Des chercheurs de l'université Saint-Esprit de Kaslik ont constaté que des étudiants libanais, qui vivaient depuis longtemps dans un contexte de crise, ne se sentaient pas plus résilients grâce à leur goût pour les films d'horreur. Lorsque les menaces réelles sont constantes et écrasantes, la peur fictive pourrait ne pas procurer le même bénéfice psychologique.La sécurité, condition de la peur
L'étude suggère que le plaisir de l'horreur pourrait être le signe d'un sentiment de sécurité suffisant pour s'y exposer. L'expérience de Claire appuie cette idée : elle peut apprécier la peur parce qu'elle sait être en sécurité derrière l'écran. Cet environnement maîtrisé lui permet d'explorer des émotions intenses sans risque réel, avec un effet thérapeutique qui est le plus bénéfique lorsque la vie est stable et prévisible.