Le Louvre-Lens accueille une exposition intitulée Trop mignon ! L'art du bonheur du 23 septembre 2026 au 18 janvier 2027. Cette manifestation explore l’histoire mondiale de l’esthétique kawaii, retraçant son évolution depuis l’Antiquité jusqu’à l’art contemporain. Avec quelque 300 œuvres, objets et documents d’archives, l’exposition interroge le goût de l’humanité pour la tendresse, le besoin de réconfort, mais aussi les aspects plus complexes, voire troublants, de ce qui est perçu comme « mignon ». Parmi les pièces phares figurent un ambassadeur rond et rose du « mignonisme » signé Philippe Katerine, un oiseau laqué dans le style croquignolet de Jeff Koons, ainsi que des espaces immersifs baignés de lumière douce et de parfums, centrés sur des thèmes comme les chats, les peluches, les paillettes ou encore la culture kawaii japonaise. Selon Annabelle Ténèze, directrice du Louvre-Lens et co-commissaire de l’exposition avec Émilie Girard, l’idée est née il y a vingt ans sous forme de boutade d’étudiants, avant de se muer en un projet sérieux. L’exposition se veut porteuse d’une « réhabilitation du fondant » et d’une « révolution de la tendresse », visant à reconnecter les publics avec le bonheur. Elle met en lumière les caractéristiques récurrentes du « mignon » dans l’histoire de l’art et à travers les cultures : petite taille, formes arrondies, couleurs douces, matières tactiles, grands yeux et grosses têtes évoquant celles des bébés. Ces traits, qui évoquent l’innocence et la vulnérabilité, suscitent souvent une forte émotion de tendresse et un désir de protection. L’exposition souligne la présence omniprésente du « mignon », des statues antiques aux réseaux sociaux modernes, notant qu’une telle omniprésence dans la culture visuelle ne peut être ignorée ni par les musées ni par les artistes. Ténèze insiste sur l’importance de reconnaître les émotions, rappelant que l’histoire de l’art se concentre souvent sur la tragédie et la douleur, alors que le bonheur est essentiel pour appréhender toute la palette de l’expérience humaine. Parmi les œuvres exposées figurent des peluches pastel réalisées à partir de draps d’hôpital par Benoît Piéron, des photographies touchantes de soldats trouvant des moments de douceur auprès d’animaux, ainsi qu’une section dédiée aux animaux ayant accompagné des artistes célèbres, comme les teckels de David Hockney, le chat d’Agnès Varda ou les chiens de William Wegman. L’exposition aborde également les aspects plus sombres et complexes du « mignon ». Elle évoque l’instrumentalisation de la douceur par les régimes totalitaires pour masquer l’horreur, comme une photographie d’Hitler caressant un faon ou des affiches de propagande montrant Staline entouré de fleurs et d’enfants aux joues roses. Elle interroge aussi les enjeux environnementaux et éthiques de l’industrie du « mignon », tels que la pollution, les microplastiques toxiques, les jeux vidéo addictifs, la surconsommation ou encore l’exploitation des travailleurs, comme dans la fabrication des peluches Labubu en Chine. Ces thèmes sont abordés de manière subtile à travers une série de portraits de Furbys abandonnés achetés en ligne par Charles Hascoët, ainsi que par les peintures sucrées et crémeuses de Mireille Blanc, qui examine le « mignon » comme une forme de vanité.