La fin des permis de conduire à vie en France suscite un débat sur la sécurité et la mobilité des conducteurs âgés, avec de nouvelles mesures axées sur l'auto-évaluation et un accompagnement adapté.
L'UE met fin au permis de conduire à vie
L'Union européenne a décidé de mettre fin au permis de conduire à vie, qui permettait jusqu'ici aux conducteurs de garder leur permis indéfiniment, sans renouvellement. Ce changement suscite des inquiétudes chez de nombreux Français de plus de 65 ans, qui se demandent s'ils pourront continuer à conduire.Une population vieillissante confrontée à des défis de mobilité
La France compte plus de 16 millions de personnes âgées de 65 ans et plus, un nombre qui devrait dépasser les 20 millions d'ici 2040. Pour beaucoup d'entre elles, en particulier dans les zones rurales et périurbaines, la voiture est indispensable pour accéder aux besoins du quotidien, comme faire les courses, se rendre chez le médecin ou participer à des activités sociales. Perdre la capacité de conduire pourrait réduire considérablement leur autonomie et leur mobilité.Une transition progressive suggérée
Le Laboratoire d'études sur l'éducation à la mobilité (LEEM) a mené une étude pour l'École de conduite française (ECF) qui souligne l'importance de préparer une réduction progressive de la conduite. Patrick Mirouse, président de l'ECF, estime qu'il faut passer d'une logique du tout ou rien à une approche visant à permettre aux conducteurs de rester mobiles et en sécurité tant que leurs capacités le leur permettent, tout en identifiant le moment où un accompagnement devient nécessaire.Les changements liés à l'âge affectent la capacité de conduire
Avec l'âge, les personnes peuvent connaître des modifications de la vue, de l'attention, du temps de réaction et de la mobilité physique. Certains médicaments peuvent également altérer la vigilance et l'équilibre. Toutefois, ces changements ne sont pas uniformes : deux conducteurs de 70 ans peuvent avoir des capacités très différentes, ce qui rend discutable l'idée d'une limite d'âge unique pour la conduite.Les conducteurs âgés impliqués dans des accidents de la route
Selon l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), en 2024, la tranche d'âge des 18-34 ans était responsable de 37 % des accidents mortels de la route, tandis que les conducteurs de plus de 75 ans ne représentaient que 12 %. Malgré cela, 900 personnes âgées de 65 ans et plus sont mortes dans des accidents de la route en France la même année. Dans le Rhône, entre 2011 et 2021, 56 % des seniors tués dans des accidents de la route étaient des piétons, et non des conducteurs.Les conducteurs âgés font face à des difficultés spécifiques
Lorsque des conducteurs âgés sont au volant, la plupart des accidents surviennent aux intersections, lors des changements de voie ou lors de l'insertion dans la circulation. Ces incidents résultent souvent d'erreurs, d'oublis ou d'une mauvaise appréciation de la situation, plutôt que d'un comportement intentionnellement risqué. De nombreux conducteurs âgés s'adaptent en roulant moins vite, de jour, sur des itinéraires familiers, et en évitant certaines situations.Autoévaluation et accompagnement mis en avant
Le Conseil national de la sécurité routière promeut une autoévaluation aptitude à la conduite, afin d'inciter les conducteurs à évaluer leurs capacités et à demander conseil à des professionnels de santé. L'ECF soutient cette initiative à condition qu'elle s'inscrive dans un dispositif d'accompagnement plus large, et non qu'elle ne constitue qu'une simple exigence administrative.La directive européenne s'inscrit dans les nouvelles politiques
La directive européenne (2025/2205) relative au permis de conduire met fin au permis à vie et impose des contrôles réguliers de l'aptitude physique et mentale. Elle s'accorde avec le droit français en vigueur, qui exige que tous les conducteurs soient en mesure d'accomplir à tout moment les tâches nécessaires à la conduite. Des ressources telles que le Portail national d'information pour les personnes âgées et Service-public.fr fournissent déjà des informations sur les évaluations médicales et les solutions de mobilité alternatives.L'ECF présente cinq priorités clés
L'ECF a proposé cinq priorités pour que les conducteurs puissent continuer à conduire en toute sécurité tout au long de leur vie. Il s'agit notamment de la prévention précoce des risques dès 50 ans, d'évaluations de conduite personnalisées à partir de 65 ans, de la formation des moniteurs pour accompagner les conducteurs âgés, de la création de permis adaptés, et de l'implication des collectivités, des professionnels de santé et des constructeurs automobiles afin de bâtir des solutions de mobilité globales.