Certains jours, la musique générée par l’IA représente plus de la moitié des nouveaux titres mis en ligne sur Deezer. Pour éviter que cette prolifération ne perturbe les recommandations et ne pénalise à la fois les auditeurs et les artistes, la plateforme détecte et étiquette les morceaux entièrement produits par l’IA, puis les retire des suggestions algorithmiques et des playlists éditoriales. Ces titres restent toutefois accessibles si un utilisateur les recherche directement, sauf s’ils sont supprimés pour fraude ou pour un manque prolongé d’écoutes. Aujourd’hui, il suffit de quelques mots dans une requête pour générer une pochette, une vidéo, voire une chanson complète. En quelques clics, il est possible de les partager sur les plateformes de streaming. Cette simplicité change profondément la façon dont la musique est produite – et soulève une nouvelle question : comment distinguer une création humaine d’un morceau entièrement généré par intelligence artificielle ? Deezer a choisi de ne pas attendre que le « AI slop » inonde ses recommandations. Depuis janvier 2025, la plateforme dispose d’un outil capable d’identifier les morceaux entièrement générés par IA, puis de limiter leur visibilité et de repérer d’éventuels streams frauduleux. Le terme « AI slop » désigne ici des contenus générés en masse par l’IA, souvent de qualité variable, qui peuvent encombrer les plateformes ou servir dans des stratégies de faux streams. Il ne s’agit pas d’un genre musical ni de toutes les créations utilisant l’IA. La nuance est importante : Deezer cible spécifiquement les morceaux entièrement générés par IA. Un artiste qui utilise occasionnellement des outils d’IA dans son processus créatif n’est donc pas automatiquement concerné. En juin 2026, Deezer a reçu en moyenne près de 90 000 morceaux entièrement générés par IA par jour, et ceux-ci ont dépassé, lors des pics, la moitié des nouveaux téléchargements. En avril, la plateforme évoquait environ 75 000 titres quotidiens, représentant 44 % des nouvelles publications. Deezer analyse directement le fichier audio pour y rechercher des signatures laissées par les modèles génératifs d’IA. Ces signatures sont généralement inaudibles pour l’oreille humaine, mais détectables par le système. La technologie de Deezer est particulièrement apte à reconnaître les productions issues de modèles comme Suno et Udio, et peut s’adapter pour en intégrer d’autres. Pour l’outil, il ne suffit pas de se fier au nom de l’artiste, à la pochette de l’album ou aux métadonnées du morceau. Deezer revendique une précision de détection de 99,8 % : environ deux morceaux générés par IA sur 1 000 pourraient ne pas être repérés, tandis que moins d’un morceau humain sur 10 000 serait incorrectement signalé. Pour réduire encore le risque d’erreur, l’étiquette « IA » est appliquée au niveau de l’album. Le label « IA » indique à l’auditeur que le contenu a été identifié comme entièrement généré par intelligence artificielle. Il ne s’agit ni d’une évaluation de qualité ni d’une indication que le morceau est mauvais. Il apporte simplement une information supplémentaire sur son origine. Dans une étude menée par Ipsos pour Deezer auprès de 9 000 personnes dans huit pays, 97 % des participants n’ont pas réussi à distinguer correctement, lors d’un test à l’aveugle, les morceaux entièrement générés par IA de ceux créés par des humains. Par ailleurs, 80 % estiment que les morceaux entièrement générés par IA devraient être clairement signalés. Faut-il supprimer les morceaux générés par IA de Deezer ? Non, car le fait de les identifier comme tels ne signifie pas automatiquement leur retrait du catalogue. Deezer applique d’abord une logique de transparence et de limitation de visibilité. Les morceaux détectés sont étiquetés et retirés des recommandations algorithmiques ainsi que des playlists éditoriales. Toutefois, depuis juillet 2026, Deezer a annoncé son intention de supprimer les morceaux générés par IA utilisés pour générer des streams frauduleux, ainsi que certains titres n’ayant enregistré aucune écoute depuis au moins six mois. Deezer retire les morceaux générés par IA détectés de Flow, des recommandations algorithmiques et des playlists éditoriales afin de limiter leur exposition artificielle. Pour Deezer, recevoir des milliers de morceaux générés automatiquement est une chose. Leur donner automatiquement accès aux mécanismes de découverte en est une autre. En empêchant ces titres d’apparaître dans les suggestions et les playlists éditoriales, la plateforme réduit considérablement leur capacité à gagner un public organique. Alors que les morceaux générés par IA peuvent représenter plus de 50 % des nouveaux téléchargements lors des pics, ils ne constituent que 1 à 3 % du volume total d’écoutes. Le nombre de titres mis en ligne ne correspond donc pas du tout au nombre de titres réellement écoutés. Le risque apparaît lorsque la production massive de morceaux générés par IA s’accompagne d’écoutes artificielles destinées à générer des revenus. Aujourd’hui, créer des milliers de morceaux est devenu relativement simple et peu coûteux. Certains peuvent ensuite être artificiellement boostés par des réseaux de streaming frauduleux. Deezer a identifié un phénomène particulièrement marqué sur les morceaux générés par IA, et jusqu’à 85 % de leurs streams ont été considérés comme frauduleux en 2025. Ces écoutes sont alors exclues du calcul des royalties. Il est important de noter qu’un morceau généré par IA n’est pas nécessairement frauduleux. C’est le comportement des écoutes qui permet d’identifier une éventuelle manipulation. Deezer retire les streams frauduleux identifiés du calcul des royalties afin qu’ils ne diluent pas les revenus issus des écoutes légitimes. La plateforme cherche donc non seulement à protéger l’utilisateur d’une recommandation indésirable, mais aussi à empêcher qu’un volume artificiel d’écoutes ne détourne une partie de la rémunération destinée aux artistes et aux ayants droit. Deezer indique que les streams frauduleux sont exclus des royalties et ne sont donc pas rémunérés. Depuis janvier 2026, la technologie de détection de Deezer est également proposée sous licence à d’autres acteurs du secteur. Elle a notamment été testée avec des organismes comme la Sacem et est utilisée par Billboard pour repérer les morceaux générés par IA dans le cadre de ses classements. Il est devenu très difficile de détecter de manière fiable la musique générée par IA rien qu’en l’écoutant. Certaines voix peuvent sembler particulièrement lisses, certaines paroles très génériques ou certaines structures répétitives. Cependant, aucun de ces indicateurs ne constitue une preuve. La méthode la plus fiable consiste donc à se fier aux informations fournies par la plateforme. Sur Deezer, l’étiquette « IA » identifie précisément les morceaux entièrement générés par intelligence artificielle lorsque le système les détecte. Et c’est probablement là l’essentiel du système : l’auditeur n’a plus besoin de jouer les détectives pour savoir ce qu’il écoute.