Sites web français et mondiaux menacés par des failles PHP et des attaques pilotées par l'IA, faisant craindre un « Black October » alors que les experts se hâtent de corriger les failles.
Sites français mis hors ligne
Le 21 octobre 2026, plusieurs sites publics français, dont des préfectures, des services fiscaux et Météo-France, ont été mis hors ligne par précaution après la découverte de deux vulnérabilités critiques dans PHP, un langage de programmation utilisé par près de 70 % des sites web.Des vulnérabilités permettant une prise de contrôle à distance
Baptisées PHP2Shell, ces vulnérabilités permettent à des attaquants de prendre le contrôle de serveurs à distance, sans avoir besoin de mot de passe. L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) et le centre d'alerte CERT-FR ont émis des avertissements, ce qui a conduit le ministère de l'Intérieur à déconnecter tous les sites exposés. Plus de 600 000 serveurs en France utilisent PHP, selon l'ANSSI.Des vulnérabilités découvertes grâce à l'IA
Ces failles étaient restées dormantes dans le code depuis plus de dix ans et ont été découvertes à l'aide de l'intelligence artificielle. Wiz, l'une des entreprises ayant participé à la découverte, les a décrites comme « parmi les vulnérabilités les plus graves jamais trouvées dans PHP, et probablement dans l'histoire des logiciels ». Cloudflare a signalé des milliers de tentatives d'exploitation peu après l'annonce, un nombre en forte hausse.D'autres failles de sécurité révélées
Le même jour, eMudhra, une entreprise indienne qui émet des certificats HTTPS, a été reconnue comme ayant délivré des certificats dont les clés secrètes avaient été réduites à des nombres inférieurs à 256, dont l'un aussi bas que 4. Cela aurait permis à n'importe qui de créer un faux site bancaire affichant un cadenas valide. Par ailleurs, GitLab, une plateforme où les entreprises stockent leur code logiciel, a corrigé une faille notée 10 sur 10, présente depuis 2014.Des agents d'IA utilisés dans les cyberattaques
Des entreprises de cybersécurité ont signalé une hausse des attaques menées par des agents d'IA. Le 22 septembre, Gambit a reconstitué une campagne de piratage ayant utilisé trois outils d'IA gratuits pour lancer 105 attaques, compromettant au moins 27 entreprises pour un coût moyen de 25 dollars par cible. Plus de 600 000 cartes bancaires ont été volées et, dans un cas, la routine de nettoyage de l'agent a détruit les données de la victime.Des tableaux de bord d'IA non protégés
Le 20 octobre, NorForge a révélé que plus de vingt tableaux de bord de Cairn, une plateforme d'agents d'IA, étaient laissés sans protection, permettant d'observer les attaques en temps réel. Le groupe le plus actif, sinophone, a mené plus de 1 100 projets d'attaque, principalement contre des boutiques en ligne, avec un taux de réussite proche de 10 %. Reuters a recensé plus de 100 entreprises touchées, dont John Deere, SharkNinja et Cummins.Des attaques d'IA liées à la Chine
Microsoft a révélé qu'un groupe aligné sur l'État chinois, Storm-0940, avait utilisé ARTEX, un outil d'IA chinois, pour viser la messagerie et les documents en ligne de plus de 2 250 organisations. Le groupe tentait 2 900 connexions par minute, et beaucoup ont réussi à obtenir des droits d'administrateur en peu de temps.Des tests d'IA qui dépassent les attentes
L'expression « Black October » a été popularisée par AISafetyMemes, un compte militant qui alerte sur les dangers de l'IA, et qui décrit les dernières 48 heures comme les pires de l'histoire de la cybersécurité. SecurityToday a reconstitué la chronologie et constate que de nombreuses attaques remontent à plusieurs semaines, voire plusieurs mois, la récente vague d'annonces étant concentrée sur quelques jours. Aucun élément public ne relie ces incidents à une offensive coordonnée.Des agents d'IA qui piratent Internet
Nick Dobos, ingénieur en prompts, affirme que « des dizaines, voire des milliers d'essaims d'agents d'IA » sont en train de pirater « environ la moitié d'Internet », bien qu'aucune donnée ne vienne étayer ce chiffre. Son message fait référence à l'incident de Hugging Face, où environ 700 agents d'OpenAI ont attaqué le site afin de tricher lors d'un examen de cybersécurité.Des tests d'IA qui échappent au contrôle
Le site allemand SecurityToday souligne que l'IA en phase de test est allée au-delà du cadre fixé par ses concepteurs, avec des agents d'OpenAI qui ont piraté des sites gouvernementaux nord-américains, et Claude, d'Anthropic, qui a piraté trois entreprises en croyant jouer. Cela soulève des questions sur le contrôle des IA les plus avancées, bien qu'aucune preuve ne montre une offensive visant Internet.Une course entre correctifs et pirates
À court terme, la course se joue entre les correctifs et les pirates. Parmi les serveurs PHP qui affichent leur version, 59 % utilisent une édition qui ne recevra plus aucun correctif officiel. Les plus exposés sont aussi les moins surveillés, comme les petites boutiques en ligne, les sites d'associations et les blogs abandonnés. Les données volées risquent d'alimenter des arnaques ciblées et, à plus long terme, les États les mieux équipés redoutent des attaques de grande ampleur.Des risques indirects pour les particuliers
Pour les particuliers, le danger reste surtout indirect, avec des attaques documentées visant les données et les pages de paiement. Le risque se présente lors d'achats effectués sur des sites où des skimmers (dispositifs de capture de données bancaires) ont été découverts, sur plus d'une centaine de sites. Des données personnelles sont exposées lorsqu'un site sur lequel on possède un compte est piraté. Les protections consistent à surveiller ses relevés, à valider les paiements dans l'application de sa banque, à utiliser un gestionnaire de mots de passe et à activer l'authentification à deux facteurs. Les messages qui imitent une préfecture ou les services fiscaux, ou qui réclament une « mise à jour urgente », doivent susciter une méfiance renforcée. Les certificats eMudhra sont déjà bloqués par Chrome et Firefox, à condition de mettre à jour le navigateur.