L'Europe cherche la souveraineté en matière d'IA pour réduire ses dépendances technologiques, alors que les États-Unis et la Chine dominent le secteur, suscitant des appels à plus d'autonomie et de résilience.
Appels à la souveraineté européenne en matière d'IA
Les appels à la création d'une intelligence artificielle (IA) européenne souveraine se multiplient, alors que l'Europe cherche à réduire ses dépendances technologiques et que des modèles d'IA de pointe continuent d'émerger aux États-Unis et en Chine.Définition de la souveraineté en matière d'IA
Dario Maisto, analyste chez Forrester, a expliqué à l'AFP que « la souveraineté signifie être indépendant des juridictions et des influences des gouvernements étrangers », ajoutant qu'il n'est pas acceptable qu'un gouvernement étranger dispose du pouvoir ultime d'empêcher des entités européennes d'accéder à certaines technologies, données, tâches ou infrastructures.Exemple d'un manque de souveraineté en matière d'IA
Un exemple concret du manque de souveraineté de l'Europe en matière d'IA s'est produit en juin, lorsque Washington, invoquant la sécurité nationale, a contraint la start-up américaine Anthropic à couper l'accès de tous les citoyens étrangers à ses modèles les plus puissants. L'Union européenne a retrouvé l'accès à cette technologie en septembre, après plusieurs mois de négociations.Les dépendances technologiques de l'Europe
Les dépendances technologiques de l'Europe couvrent l'ensemble de la chaîne de valeur de l'intelligence artificielle. La Chine contrôle environ 60 % de l'extraction des terres rares, nécessaires à la fabrication de composants électroniques, et 90 % de leur raffinage, selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie.Fabrication de puces et terres rares
Par ailleurs, l'Union européenne produit moins de 10 % des semi-conducteurs mondiaux, et aucune des puces les plus avancées conçues pour l'intelligence artificielle, appelées GPU. Celles-ci sont conçues et fabriquées par des entreprises américaines comme Nvidia ou AMD, et par des entreprises taïwanaises comme TSMC.La capacité des centres de données en Europe
En matière d'infrastructures, l'Europe n'accueille actuellement que 5 % de la capacité mondiale des centres de données, contre environ 75 % pour les États-Unis et 15 % pour la Chine, a détaillé à l'AFP Andrea Renda, directeur de recherche au centre de réflexion CEPS, basé à Bruxelles.La domination des services cloud américains et chinois
Les géants américains AWS, Microsoft Azure et Google Cloud se partagent environ 70 % du marché européen du cloud. Quant aux modèles d'IA, même si l'Europe compte quelques pépites, comme le français Mistral ou l'allemand Black Forest, les technologies les plus avancées sont actuellement concentrées entre quelques acteurs américains (OpenAI, Anthropic, Meta ou Google DeepMind) et chinois (DeepSeek), en raison des coûts de développement colossaux qu'elles exigent, rappelle une note de l'institut Rexecode.Efforts pour réduire les dépendances
Pour répondre à ces dépendances, Bruxelles a lancé plusieurs programmes d'investissement dans les minerais critiques et les puces. Sylvain Duranton, du cabinet de conseil BCG, affirme que « il existe des domaines dans lesquels nous pouvons agir, mais nous ne pourrons pas créer une sorte de forteresse où nous n'utiliserions que des technologies européennes ».Les limites de la souveraineté totale
Les experts de Forrester, dans un rapport publié en juillet, s'accordent à dire que « la souveraineté totale reste hors de portée, même pour la Chine et les États-Unis », et conseillent aux pays de renforcer leur autonomie. La souveraineté consiste à « disposer d'options, ne pas être lié à un fournisseur unique, en particulier étranger, et limiter sa capacité à migrer » en cas de crise, selon Dario Maisto.Approche de la résilience et de l'autonomie
Dans cette perspective de « résilience », de nombreuses entreprises européennes utilisent des plateformes de données qui leur donnent accès à des modèles commerciaux américains, chinois et européens, qu'elles mobilisent selon leurs besoins, détaille M. Duranton. Pour les usages les plus sensibles, cependant, de nombreuses entreprises, et même des gouvernements, préfèrent installer les modèles sur leurs propres serveurs « pour ne dépendre de personne », poursuit-il.Degrés de souveraineté et exportation des technologies
Il faut donc raisonner en termes de « degrés de souveraineté » qui varient selon les secteurs, selon ces deux experts, certains, comme l'industrie militaire, exigeant une vigilance accrue. Enfin, il s'agit aussi pour l'Europe d'exporter ses technologies. « C'est en créant des interdépendances que se crée le pouvoir souverain », conclut Sylvain Duranton.