Les titulaires du baccalauréat face à des obstacles juridiques

De nombreux lycéens diplômés à Mayotte, un territoire français proche des Comores, se heurtent à un obstacle juridique après leurs 18 ans. Ils ne peuvent pas s'inscrire dans les établissements d'enseignement supérieur ni accéder à d'autres formations, faute de documents d'identité valables, exigés pour l'inscription et pour le séjour légal.

Les protections juridiques prennent fin à 18 ans

Une fois ces jeunes majeurs, ils perdent les protections juridiques qui leur permettaient de suivre une scolarité à Mayotte sans papiers. Ils se retrouvent ainsi « bloqués » dans la poursuite de leurs études, même sur place, et ne peuvent obtenir un titre de séjour français sans pièce d'identité délivrée par leur pays d'origine.

Des documents manquants dans le pays de naissance

Ibrahim Ahmed Halime, 19 ans, d'origine comorienne, a obtenu son baccalauréat en 2024 mais ne dispose ni de papiers d'identité français ni de papiers comoriens. Ses parents n'ont jamais obtenu de documents comoriens pour lui, pensant que le baccalauréat garantirait son avenir en France. Faute de pièce d'identité, il ne peut toutefois pas régulariser sa situation à Mayotte.

Une solution provisoire toujours introuvable

Une solution possible serait un « laissez-passer » délivré par la préfecture de Mayotte, qui permettrait à Ibrahim de se rendre aux Comores afin d'obtenir une carte d'identité. Cependant, la préfecture n'a pas répondu à ses demandes répétées, le laissant concrètement sans issue.

L'exploitation par des intermédiaires

Certains cybercafés ont profité de la situation en proposant, contre paiement, de décrocher des rendez-vous à la préfecture. Pourtant, même avec ces services, les rendez-vous ne sont pas garantis : Ibrahim a dépensé 150 euros sans succès, une somme importante pour quelqu'un issu d'un milieu modeste.

Un problème croissant sans solution simple

Ce cas illustre un défi plus large à Mayotte, où de nombreux jeunes ont achevé leur scolarité mais se heurtent à des obstacles pour obtenir un séjour légal. Certains se tournent vers la migration illégale, tandis que d'autres se sentent exclus par un système qui semble ignorer leurs besoins.

Difficultés systémiques et motifs possibles

Certains avancent que la préfecture manque de personnel pour traiter le grand nombre de demandes, tandis que d'autres soupçonnent un ralentissement délibéré du traitement des dossiers. La situation alimente également le ressentiment d'une partie des habitants, qui imputent à l'immigration la saturation des services publics et la hausse de l'insécurité.

Une stratégie gouvernementale possible

Certains supposent que le gouvernement français pourrait recourir à un « silence radio » délibéré afin de dissuader ces jeunes de rester à Mayotte. Cette stratégie pourrait toutefois se révéler contre-productive, car la plupart de ces jeunes n'ont aucune intention de retourner aux Comores, où ils voient peu de perspectives d'avenir.

Les difficultés d'un retour aux Comores

Même si certains jeunes souhaitaient retourner aux Comores, les écarts économiques et sociaux entre Mayotte et les îles rendent cette option peu attrayante. Beaucoup ont grandi dans un environnement français et auraient du mal à se réintégrer dans la société comorienne, qui ne suscite pas, pour la plupart d'entre eux, confiance ni ambition.