Les éditions Lamaindonne ont lancé une collection centrée sur la photographie familiale, un sujet souvent perçu comme personnel et rarement considéré comme un art majeur. Dans La meilleure, Emmanuelle Lambert explore cette thématique en s’appuyant sur des archives photographiques et en élargissant la notion de famille pour y inclure l’amitié comme élément central. L’ouvrage, qui s’inscrit dans la série Poursuites et ricochets des éditions Lamaindonne, compte 96 pages et est vendu au prix de 20 €. L’autrice interroge la manière dont les moments les plus intimes, désormais facilement partagés sur les réseaux sociaux, peinent souvent à susciter une émotion profonde. À l’inverse, les vieilles photographies imparfaites peuvent provoquer une vive émotion. La meilleure remet en cause l’idée selon laquelle les images parfaites nous toucheraient davantage que les clichés imparfaits, suggérant que ces imperfections reflètent peut-être nos propres souvenirs et incertitudes, tout en nous permettant de nous connecter aux expériences d’autrui. La construction de La meilleure crée une tension entre les photographies et les textes qui les accompagnent, ces derniers laissant entrevoir un lien secret qu’ils s’apprêtent à révéler avec l’image. Cette approche s’accorde avec le titre de la collection, inspiré d’une phrase de Denis Roche : « Ne rêvons pas… Que les photos soient des ricochets, et les phrases des poursuites. » Le récit s’inspire d’un épigraphe tiré du livre de Leila Guerriero, L’appel. Histoire d’une femme argentine, qui instaure une sorte de jeu de miroir entre le « je » et le « tu ». L’amie proche, Maïra, traductrice argentine, occupe une place centrale dans l’histoire. L’ouvrage plonge dans l’histoire familiale de Maïra, notamment son expérience durant la dictature argentine et son exil consécutif. Son père, ancien syndicaliste étudiant, a frôlé la disparition forcée, et la famille fait partie des plus d’un million d’Argentins exilés à cette époque. Une photographie représentant le retour de Maïra en Argentine après son exil figure dans le chapitre « Les profondeurs du cœur ». Cette image, particulièrement puissante, reflète l’impact durable de la « nuit dictatoriale » en Amérique latine. Le livre passe des souvenirs personnels à une exploration plus large de la féminité, en examinant la vie des filles et de leurs mères. Il aborde la structure sociale du destin féminin, mettant en lumière la tension entre la célébration de la passion féminine et les rôles assignés aux femmes par la société. L’ouvrage évoque également les silhouettes incertaines des pères, parfois distants ou flous, comme celui de Maïra taillant une haie ou le père de l’autrice observant la scène en arrière-plan. Ces figures, spectrales et indistinctes, invitent à réfléchir sur la nature de la paternité et de la mémoire. Une photographie du père de l’autrice, fournie par Maïra, symbolise un don et un contre-don, illustrant la flexibilité de la notion de famille, qui peut inclure des figures amicales. En définitive, La meilleure est un livre généreux qui permet à Maïra de trouver sa place dans la mémoire de l’autrice, élargissant ainsi le concept de famille à travers l’amitié. L’œuvre suggère que l’amitié est une famille choisie, un thème qui résonne tout au long du récit.