Le massacre du 7 octobre en Israël plane sur les prochaines élections, Netanyahu et Eizenkot se disputant le pouvoir dans un contexte de profondes divisions sociétales.
Le 7 octobre demeure un enjeu central
Le massacre du 7 octobre 2023, commémoré au début du mois, est devenu un enjeu central des prochaines élections législatives israéliennes. Les deux principaux blocs politiques, pro et anti-Netanyahu, restent au coude-à-coude dans les sondages, et aucun camp n'aborde ce scrutin dans le calme.Le traumatisme du 7 octobre perdure
Trois ans après l'attaque du Hamas du 7 octobre, le traumatisme continue de hanter les Israéliens. À l'approche des premières élections législatives depuis le massacre et le début de la guerre à Gaza, cette journée reste au cœur des préoccupations des électeurs et pourrait jouer un rôle décisif dans leurs choix politiques.Les sondages mettent en lumière l'influence du 7 octobre
Selon l'Institut israélien pour la démocratie (IDI), organisme indépendant de recherche et de sondage, 68 % des Israéliens juifs, qui représentent environ 80 % de l'électorat, estiment que les événements du 7 octobre occuperont une place centrale dans leur décision lorsqu'ils choisiront leur parti. Les questions de sécurité, de responsabilité et de la prise en compte effective des leçons tirées de l'attaque pèseront lourdement sur le choix de nombreux électeurs, estime Yonathan Plesner, directeur de l'IDI.La montée de Gadi Eizenkot
La popularité croissante de Gadi Eizenkot (parti Yashar, centre droit), principal rival de Netanyahu, constitue probablement la première conséquence politique du 7 octobre pour ces élections. Dans les sondages réalisés au cours des derniers mois, Gadi Eizenkot apparaît comme la personnalité préférée des Israéliens pour occuper le poste de Premier ministre, devant Benjamin Netanyahu. Une enquête menée à la mi-septembre confirme cette tendance : 48 % des Israéliens déclarent préférer Eizenkot au poste de Premier ministre, contre 40 % pour Benjamin Netanyahu.Le système parlementaire israélien
Toutefois, dans le système politique israélien, fondé sur un régime parlementaire, les électeurs ne votent pas directement pour un candidat, mais pour des partis, qui doivent ensuite former des coalitions pour gouverner. La Knesset, le Parlement israélien, compte 120 sièges. Pour obtenir une majorité, une coalition doit réunir au moins 61 députés. Après les élections, le président israélien charge le dirigeant du parti arrivé en tête, avec ses alliés, de former un gouvernement, dont il prend la tête en tant que Premier ministre. Pour ce scrutin, la popularité de Gadi Eizenkot ne constitue donc pas une garantie de victoire.La influence persistante de Netanyahu
Les partis jouent un rôle majeur dans cette élection. Néanmoins, les sondages sont serrés et jettent le doute sur la future coalition au pouvoir. Une fois encore, comme c'est le cas depuis une dizaine d'années à chaque élection, la personnalité de Benjamin Netanyahu occupe une place centrale dans la campagne. Figure clivante en Israël, le Premier ministre sortant reste affaibli par ses affaires de corruption, son projet de réforme judiciaire, sa gestion des événements du 7 octobre et la question des otages enlevés à Gaza.Alliances et blocs politiques
Autour de son parti, le Likoud (droite), se regroupent les partis ultra-orthodoxes Shas et Judaïsme unifié de la Torah, ainsi que les partis d'extrême droite, le Pouvoir juif et le Parti sioniste religieux. Ce groupe, qui dirige le pays depuis décembre 2022, forme un bloc relativement cohérent sur le plan idéologique, allant de la droite à l'extrême droite. Face à la coalition sortante, les partis d'opposition forment un bloc hétérogène, dont le dénominateur commun est la volonté de tourner la page Netanyahu. L'opposition est menée par Gadi Eizenkot et son parti Yashar, mais elle comprend aussi d'autres formations : B'Yachad, avec la figure de l'extrême droite Naftali Bennett et le centriste Yair Lapid, ainsi que le parti laïc d'extrême droite Israël Beitenou, dirigé par Avigdor Lieberman. Le Parti démocratique de Yair Golan, formation de centre gauche, complète ce groupe idéologiquement incohérent.La représentation politique arabe
En marge, il existe aussi la liste commune, dirigée par Yousef Jabareen, qui réunit trois des quatre principaux partis israéliens dirigés par des Arabes : Hadash, Ta'al et Balad. La Commission électorale centrale avait auparavant interdit ces partis de participer aux élections de septembre, au motif qu'ils nieraient l'existence d'Israël en tant qu'État juif et démocratique, avant que cette décision ne soit annulée par la Cour suprême le 2 octobre. Enfin, il y a le parti Ra'am de Mansour Abbas, seul parti dirigé par des Arabes à avoir occupé des sièges au gouvernement pendant la coalition Bennett-Lapid, de 2021 à 2022.La question palestinienne absente
La question palestinienne est effacée de la campagne électorale : l'avenir des millions de Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, qui subissent la colonisation et l'occupation militaire, ne suscite pas de débat dans la société israélienne. Pourtant, le 27 octobre s'annonce néanmoins comme un moment historique pour l'avenir d'Israël. Les thèmes qui divisent les différents blocs, à savoir la sécurité, l'avenir de la justice, le rôle de la religion et le bilan du 7 octobre, pourraient profondément redessiner l'orientation politique du pays.Une campagne tendue et des contenus générés par l'IA
Signe des enjeux majeurs, la course à la victoire, dans cette élection serrée, se traduit par une campagne extrêmement tendue, inondée de vidéos générées par l'intelligence artificielle pour dénigrer les adversaires. Après Benny Gantz, qui avait cristallisé les espoirs de l'opposition désireuse d'écarter Benjamin Netanyahu du pouvoir, Gadi Eizenkot, lui aussi issu du monde militaire, veut jouer le rôle de deus ex machina qui rassemble les Israéliens pour gérer un Israël de l'après-Netanyahu.Le parcours de Gadi Eizenkot
Gadi Eizenkot entre en politique en août 2022, en rejoignant le parti de l'Unité nationale dirigé par Benny Gantz, à la tête des Forces de défense israéliennes (FDI), qu'il avait lui-même dirigées de 2015 à 2019, succédant ainsi à Gantz. Trois ans plus tard, en septembre 2025, Eizenkot fonde le parti Yashar, sous lequel il se présente désormais aux élections. Né à Tibériade de parents immigrés marocains, Gadi Eizenkot s'engage dans la brigade Golani à 18 ans et réalise une carrière militaire de 41 ans. Le 7 décembre 2023, deux mois après les massacres du 7 octobre, alors que l'armée israélienne mène une guerre destructrice dans la bande de Gaza et contre sa population civile, son cinquième enfant, Gal, soldat de 25 ans appartenant à l'unité d'élite de commandos Maglan, est tué au combat dans le nord de l'enclave palestinienne. À l'époque, Eizenkot siégeait en tant qu'« observateur ministériel » au sein du cabinet de guerre restreint, composé de cinq membres, chargé de prendre les décisions de sécurité les plus importantes pour Israël.Les projets politiques d'Eizenkot
S'il est élu Premier ministre après les élections du 27 octobre, il deviendra le premier chef de gouvernement israélien d'origine mizrahie (juif originaire du Moyen-Orient ou d'Afrique du Nord). L'électorat de base du Likoud, le parti au pouvoir de Netanyahu, est notoirement composé davantage de Mizrahim que d'Ashkénazes (juifs originaires d'Europe). Gadi Eizenkot a récemment compris qu'il devait jouer activement la carte démographique pour attirer les électeurs.Les positions d'Eizenkot sur la sécurité et la gouvernance
Dans un Israël où la question sécuritaire est omniprésente, quel est le projet de cet ancien militaire, marqué par le deuil, qui porte désormais les espoirs de l'opposition à Benjamin Netanyahu ? En Cisjordanie, dans un long entretien accordé au Times of Israel, il s'est engagé à lutter contre la violence des colons, qui a explosé depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Netanyahu en décembre 2022, et à mettre fin à la colonisation dans les zones A et B, mais pas dans la zone C. Il ne mentionne pas la création d'un État palestinien, s'oppose à la création d'une armée palestinienne et refuse la réoccupation de la Cisjordanie par la Jordanie. Il plaide donc pour un contrôle israélien de ce territoire occupé.La position d'Eizenkot sur Gaza et la justice
Concernant Gaza, il s'est engagé à défendre le plan de paix américain pour l'enclave, tout en défendant le désarmement préalable de l'organisation palestinienne Hamas. Sur la réforme judiciaire israélienne, il s'est engagé à mettre fin aux mesures prises par le gouvernement Netanyahu pour saper l'indépendance de la justice. Cette réforme avait provoqué de profondes divisions au sein de la société israélienne, lors de manifestations de masse contre elle avant le 7 octobre. Concernant les problèmes rencontrés dans le système d'éducation haredi, il a promis une loi visant à appliquer strictement la loi sur l'éducation publique. Toute institution qui ne s'intégrerait pas au système d'éducation publique dans un délai de quatre ans ne recevrait plus de financements publics. Gadi Eizenkot a également fait du service militaire universel un élément central de son engagement politique, remettant en cause l'exemption du service militaire dont bénéficient les juifs ultra-orthodoxes.Les politiques régionales et militaires d'Eizenkot
Concernant ses relations avec le reste de la région, il préconise une fermeté envers Téhéran pour lutter contre le programme nucléaire iranien, ainsi que le départ des forces étrangères russes et turques de Syrie, et il aspire à étendre les accords d'Abraham au Liban. Pendant cette campagne, Benjamin Netanyahu a tenté de mobiliser ses partisans autour de la question sécuritaire, notamment sa position inflexible envers le Hamas et le Hezbollah, sa capacité à avoir entraîné les États-Unis dans la guerre contre l'Iran malgré ses échecs, ses avancées coloniales en Cisjordanie et la défense du caractère juif d'Israël. Une stratégie qui semble porter ses fruits auprès d'une partie des Israéliens.La défense et la réponse judiciaire de Netanyahu
Les révélations du quotidien israélien Haaretz, selon lesquelles le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait été averti de l'imminence de l'attaque du Hamas par les Émirats arabes unis et l'Égypte peu avant le 7 octobre, ne semblent pas avoir sensiblement érodé le soutien à Netanyahu, qui a intenté une action en diffamation contre Haaretz, niant ces révélations. Bien que ces informations aient été confirmées par d'autres médias, comme le New York Times, elles ne semblent pas avoir affecté la popularité du chef du Likoud. Malgré la question sécuritaire née du 7 octobre, les guerres à répétition, l'absence d'enquête indépendante sur le 7 octobre, ainsi qu'un recul significatif du pouvoir d'achat en Israël, Benjamin Netanyahu conserve une chance de voir son parti obtenir un score honorable à ces élections.L'héritage politique de Netanyahu
Premier ministre depuis 2009, presque sans interruption, il est perçu par ses partisans, les Likoudniks, comme le « roi Bibi » inattaquable, indissociable de son parti et de l'avenir d'Israël. Benjamin Netanyahu est parvenu à polariser la société israélienne, en accusant toute critique d'être liée à la gauche, favorable aux Palestiniens et traîtresse à la nation israélienne. Environ 20 % des citoyens israéliens sont d'origine palestinienne. Un réservoir électoral important. Les partis arabes pourraient remporter entre 7 et 12 sièges lors du prochain scrutin et jouer un rôle dans la formation du futur gouvernement. Bien que Gadi Eizenkot ait déclaré qu'il ne s'allierait pas à un parti arabe, geste politique immensément tabou en Israël, surtout après le 7 octobre, les négociations politiques post-électorales pourraient changer la donne.L'influence potentielle d'Amsha Israel
Un autre parti politique pourrait également jouer le rôle de faiseur de rois à l'issue de ce scrutin : le parti d'extrême droite d'Ofer Winter, Amsha Israel. Dans certains sondages, Amsha Israel franchit le seuil minimal de 3,25 %, requis pour entrer à la Knesset, et obtient entre 4 et 5 sièges. Le système parlementaire israélien permet à de petits partis, même avec des scores très faibles, d'influencer sensiblement la politique nationale. Ofer Winter a affirmé son soutien à Benjamin Netanyahu. Les derniers sondages réalisés par les médias israéliens montrent que Yashar et le Likoud pourraient chacun recueillir entre 21 et 23 sièges à la Knesset. Les résultats varient selon les enquêtes, mais, de manière générale, aucune coalition ne serait en mesure de former un gouvernement à ce stade. L'hypothèse d'une incapacité à former un gouvernement, ouvrant la voie à une nouvelle crise politique marquée par une succession de scrutins, comme ce fut le cas après 2018, ne peut être exclue.