Une équipe internationale dirigée par l’University College Dublin a identifié et séquencé l’ADN du virus de la variole ovine (SPPV) à partir de 17 pages anciennes de manuscrits médiévaux, dont le York Gospels et le Corpus Glossary. L’étude, publiée dans Science Advances le 2 septembre 2026, retrace plus de 3 500 ans d’évolution de ce pathogène. La maladie, très contagieuse chez les petits ruminants comme les moutons et les chèvres, reste une préoccupation actuelle : la Commission européenne la classe parmi les maladies de catégorie A, exigeant des mesures d’éradication immédiates en cas de foyer. En Grèce, où des foyers étaient encore signalés en 2026, la Commission a actualisé en août les zones soumises à des mesures d’urgence.
Cette découverte montre que les documents écrits, traditionnellement considérés comme de simples supports de connaissances humaines, peuvent aussi préserver des traces biologiques du passé. Le parchemin, fabriqué à partir de peaux animales, peut contenir du matériel génétique de l’animal, offrant un aperçu de son histoire biologique avant d’être utilisé pour l’écriture. En examinant des documents conservés au Royaume-Uni et en Europe continentale, l’équipe a détecté la présence du SPPV dans 17 pages de parchemin, dont une sur papier. Combinées à des échantillons archéologiques, 21 nouveaux génomes anciens ont été reconstitués, permettant de dresser un tableau plus large du passé du virus.
Parmi les documents étudiés, le York Gospels, probablement créé à Canterbury entre 990 et 1020 et aujourd’hui conservé à la cathédrale d’York, a fourni trois résultats positifs : deux issus du manuscrit original et un d’une addition ultérieure. Les mêmes traces génétiques ont été retrouvées dans le Corpus Glossary, un document copié vers l’an 800 et considéré comme l’un des plus anciens dictionnaires anglais, ainsi que dans une version annotée des Épîtres de saint Paul, conservée au Trinity College de Cambridge et datée des VIIe-VIIIe siècles.
Sur les 17 pages analysées, seules trois étaient en peau de mouton, tandis que dix provenaient de veau et quatre de chèvre. Cela signifie que la présence d’ADN du SPPV n’indique pas nécessairement que tous les animaux utilisés pour ces pages étaient infectés. Les chercheurs évoquent plusieurs hypothèses : une transmission inter-espèces rare, une contamination lors de la préparation des peaux, ou un transfert de matériel génétique entre les pages. Le document sur papier ajoute une complexité supplémentaire, car la colle utilisée pour la reliure a pu introduire le signal génétique.
Pour retracer les origines du virus, l’équipe s’est tournée vers d’autres sources que les bibliothèques. Des dents de mouton issues de sites archéologiques en Russie et au Kazakhstan ont livré des séquences génétiques bien plus anciennes, remontant à environ 1700 av. J.-C. Cela prouve que la variole ovine touche les troupeaux eurasiatiques depuis au moins 3 700 ans. L’étude éclaire également l’histoire des capripoxvirus, un groupe incluant la variole ovine, la variole caprine et les virus de l’ecthyma contagieux. Les chercheurs estiment que la divergence des principales lignées de ces virus s’est produite entre environ 11 500 et 3 700 ans avant notre ère, une période qui coïncide avec des changements majeurs dans les sociétés pastorales, comme les déplacements de troupeaux et la diffusion des animaux domestiques à travers l’Eurasie.
Louis L’Hôte, l’un des chercheurs, souligne que le génome du virus de la variole ovine est resté remarquablement stable au cours des derniers millénaires. Cette stabilité soulève des questions sur d’éventuels changements génétiques antérieurs qui auraient pu influencer l’adaptation du virus à son hôte. Sébastien Calvignac-Spencer, qui dirige le département Évolution des pathogènes à l’Institut Helmholtz pour la santé unique, souligne que des données couvrant de si longues périodes peuvent aider à comprendre comment les changements environnementaux d’origine humaine ont influencé la propagation des maladies. Il insiste sur l’importance d’étudier les évolutions passées pour mieux anticiper l’émergence de nouveaux pathogènes. L’Hôte suggère que les archives et bibliothèques du monde entier pourraient contenir des traces génétiques de maladies animales anciennes, offrant un enregistrement unique de l’histoire biologique du bétail et, indirectement, des économies qui en dépendaient.
De l'ADN du virus de la variole ovine ancienne découvert dans des manuscrits médiévaux
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