Micropolluants dans l'eau potable

Les micropolluants, présents à des concentrations de l'ordre du microgramme, voire du nanogramme par litre, se retrouvent dans l'eau potable. Il s'agit notamment de pesticides, de métabolites de pesticides, de résidus médicamenteux, de produits d'entretien, de cosmétiques et de PFAS. Ces substances suscitent des inquiétudes en raison de leurs effets potentiels sur la santé et sur l'environnement, même à de très faibles concentrations.

Sources des micropolluants

Ces substances atteignent les nappes phréatiques et les cours d'eau par ruissellement, notamment depuis les zones agricoles, mais aussi par les eaux usées et les réseaux d'assainissement. Cela met en évidence la complexité de la gestion de la qualité de l'eau, tant en milieu urbain qu'en milieu rural.

Traitements actuels et leurs limites

Certaines usines françaises utilisent déjà des traitements, notamment du charbon actif en grains, pour réduire la présence de polluants. Toutefois, les nouvelles générations de pesticides et certaines molécules particulièrement solubles ou de très petite taille mettent en lumière les limites de ces traitements. Le charbon actif élimine jusqu'à 90 % des pesticides conventionnels, mais il est inefficace contre le métabolite R471811 du chlorothalonil ainsi que contre le TFA, un PFAS à chaîne ultra-courte, et il atteint au maximum 35 à 45 % des PFAS réglementés.

La nouvelle approche du SEDIF

Le SEDIF, établissement public qui alimente en eau 4 millions d'habitants d'Île-de-France depuis 1923, met en œuvre une nouvelle approche pour lutter contre ces micropolluants. Richard Dell'Agnola, président du SEDIF, affirme que l'inaction serait coupable, compte tenu de l'apparition régulière de nouvelles molécules chimiques dans les rivières et les cours d'eau.

Technologie utilisée par le SEDIF

Le SEDIF a choisi d'associer des membranes de nanofiltration, qui retiennent des particules de l'ordre du nanomètre, à des membranes d'osmose inverse basse pression, un million de fois plus fines qu'un cheveu, qui arrêtent des particules dix fois plus petites. Cette combinaison traite 100 % du débit, en stoppant les micropolluants tout en préservant les minéraux.

Fonctionnement du procédé

Le procédé consiste à faire passer l'eau sous pression à travers une paroi dotée de pores extrêmement petits. Dans l'installation prévue par le SEDIF, l'eau préalablement clarifiée est propulsée à une pression de 4 à 7 bars. Les membranes laissent passer les molécules d'eau, mais retiennent certains micropolluants ainsi que le calcaire.

Séparation de l'eau traitée

Le procédé scinde ensuite le flux en deux. Environ 85 % correspondent au « perméat », c'est-à-dire à l'eau qui traverse la membrane. Le SEDIF vise une élimination de plus de 90 % des PFAS, des pesticides et des résidus médicamenteux, tout en préservant certains minéraux essentiels comme le calcium et le magnésium.

Gestion du flux rejeté

Les 15 % restants constituent le rejet membranaire, qui concentre les polluants et le calcaire retenus. Il fait ensuite l'objet d'un traitement spécifique du phosphore, avant d'être rejeté dans le cours d'eau d'où il provient. Cela garantit que les polluants ne sont pas réintroduits dans l'environnement.

Calendrier de mise en œuvre

Un projet de cinq ans visant à transformer trois usines est en cours. La première membrane de nouvelle génération a été installée le 2 octobre 2026 dans l'usine de Méry-sur-Oise. Huit lignes de membranes doivent être remplacées d'ici la fin de 2027.

Perspectives

Le SEDIF prévoit un déploiement progressif dans les usines de Choisy-le-Roi et de Neuilly-sur-Marne d'ici 2031. Cet épisode est tiré de la série de podcasts Source Sûre, qui explore les coulisses de la production d'eau potable.