Analyse des salaires du secteur privé à Mayotte

Une étude publiée mardi 20 octobre 2026 par l'Insee et la Deets livre la première analyse complète des salaires du secteur privé à Mayotte à fin 2024. Elle met en lumière d'importantes disparités structurelles en matière de salaires et d'emploi.

Niveau de l'emploi dans le secteur privé

Le secteur privé à Mayotte employait 24 200 salariés à fin 2024, soit 47 % des emplois déclarés sur l'île. Ce chiffre est nettement inférieur aux niveaux observés à La Réunion (69 %) ou dans l'Hexagone (78 %).

Salaire net moyen à Mayotte

En équivalent temps plein (ETP), le salaire net moyen s'élève à 2 160 euros par mois, soit un retard de 13 % par rapport à la province hexagonale hors Île-de-France (2 480 euros). Mayotte se classe en bas du tableau national, juste devant la Creuse et la Lozère.

Salaire médian et écart salarial

Le salaire médian est de 1 700 euros net par mois : la moitié des salariés du secteur privé perçoivent moins que ce montant. Il est inférieur de 20 % à celui des salariés de province, soit le niveau le plus bas de France.

Disparité du salaire minimum

Le salaire minimum à Mayotte au 1er novembre 2024 était de 1 227,97 euros net par mois, contre 1 426,30 euros dans le reste du territoire national. Cette disparité juridique a conduit à ce que plus de 27 % des salariés du secteur privé à Mayotte perçoivent, fin 2024, un salaire inférieur au salaire minimum national de référence.

Loi d'alignement des salaires

La loi de programmation pour la refondation de Mayotte, adoptée en août 2025, vise à aligner les salaires sur ceux de l'Hexagone d'ici décembre 2031, mais ses effets sur les bas salaires restent à confirmer. Les 10 % de salariés les moins bien rémunérés (premier décile) percevaient au maximum 1 210 euros net par mois, soit un retard de 19 % par rapport à la province.

Inégalités salariales à Mayotte

Le rapport interdécile des salaires, qui mesure l'écart entre les deux extrémités de l'échelle, atteint 5,2 à Mayotte, contre 4,6 en province. Mayotte se classe ainsi au dixième rang des départements les plus inégalitaires de la République, reflétant une forte dispersion des revenus entre une masse de salariés modestes et une élite professionnelle.

Caractéristiques démographiques de la main-d'œuvre

La main-d'œuvre à Mayotte est nettement plus jeune : 57 % des salariés ont moins de 40 ans, contre 48 % en province. Cela contribue à des salaires plus faibles, en raison d'une ancienneté moindre. Le territoire compte deux fois moins de cadres que l'Hexagone (9 % des salariés contre 18 %).

Salaires des cadres

Ces cadres perçoivent en moyenne 4 670 euros net par mois, soit 15 % de plus que leurs homologues de l'Hexagone (4 070 euros) et davantage qu'à La Réunion (4 210 euros). Cette prime est attribuée à la rareté des compétences spécialisées à Mayotte et à des pratiques historiques de surrémunération dans les filiales de groupes publics.

Salaires des ouvriers qualifiés

Les ouvriers qualifiés à Mayotte subissent la plus forte baisse de salaire, avec une moyenne de 1 810 euros net par mois, soit un retard de 17 % par rapport à l'Hexagone. Les ouvriers non qualifiés accusent un retard de 13 %, et les employés de 9 %.

Écart de salaire entre les femmes et les hommes

L'écart de salaire entre les femmes et les hommes est plus faible à Mayotte (9 %) qu'en province (13 %), en partie en raison d'une proportion de femmes cadres (8 %) presque équivalente à celle des hommes (9 %).

Répartition des emplois du secteur privé

Le secteur privé ne représente pas la moitié des emplois à Mayotte. Plus de 53 % des salariés travaillent dans des entreprises de moins de 50 personnes, où le revenu net mensuel avoisine 1 960 euros. Seulement 21 % des salariés sont employés dans des structures de plus de 250 salariés, où le salaire moyen atteint 2 680 euros, contre 39 % dans l'Hexagone.

Emploi par secteur

Ce manque de grandes entreprises limite les négociations de branche, les accords d'intérêt et les marges de manœuvre salariales. Cinq secteurs concentrent 66 % de l'emploi privé, le commerce arrivant en tête (17 %), suivi de la construction (16 %). La construction emploie proportionnellement deux fois plus de salariés qu'en province, mais ses salaires moyens sont inférieurs de 15 % (1 980 euros contre 2 340 euros), en raison d'une surreprésentation écrasante des ouvriers d'exécution.

Objectifs salariaux à venir

Seuls quelques secteurs très qualifiés mais marginaux, comme l'information-communication, où les cadres atteignent 5 190 euros, se distinguent. Le représentant de la Direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (Deets) a insisté sur la nécessité d'aligner la trajectoire de convergence sociale sur les gains de productivité réels, notamment grâce aux contrats d'engagement de développement de l'emploi et des compétences (EDEC) récemment lancés dans les secteurs de l'agroalimentaire, du numérique et, prochainement, de la construction.

Suivre les progrès

Une échéance est fixée à 2028, sur la base des données de 2026, pour vérifier si les promesses de rattrapage se traduisent concrètement dans le pouvoir d'achat des ménages mahorais.