H₂O 2047, un roman d’Erwan Barillot, s’ouvre sur une image frappante de l’eau décrite comme une « vague bleue, immense, qui s’enroule dans les canaux métalliques », posant d’emblée les bases d’une intrigue centrée sur la pénurie d’eau et ses conséquences. L’histoire suit Léa, une ingénieure suisse spécialisée dans le traitement des eaux, qui quitte Dubaï pour une Suisse future frappée par une crise hydrique sévère. Le roman s’inspire d’un projet mené avec armasuisse, une organisation suisse de défense et de sécurité, ce qui confère à l’œuvre une approche à la fois détaillée et réaliste. Barillot intègre divers éléments techniques, comme les ShAIdes, les Blue Corps, la Water Defense Force, le recyclage des eaux grises ou encore les membranes nanostructurées, structurant son univers davantage comme un système organisé que comme un monde purement spéculatif. L’inclusion de documents techniques et d’illustrations d’Antoine Petiteaux donne au livre l’apparence d’un manuel égaré depuis 2047. Cette approche rend le futur crédible en se concentrant sur les usages quotidiens, les procédures et les petites actions plutôt que sur des catastrophes spectaculaires. Pourtant, le roman peine parfois à trouver son rythme sous le poids de ses explications techniques, qui peuvent alourdir le récit. Certains dialogues semblent davantage des tests d’idées que des explorations de personnages. Heureusement, l’intrigue gagne en fluidité lorsqu’elle s’éloigne de ses commentaires prospectifs, permettant à Léa de réapparaître comme mère, fille et femme marquée par son passé. « Après la fureur du feu, le calme liquide. Un choc d’éléments. » C’est dans ces passages que le langage devient plus simple, presque tangible. Barillot maîtrise bien la progression narrative, utilisant des chapitres courts et datés pour recentrer l’attention sur l’importance de l’eau, même dans un monde contemporain où elle coule sans effort des robinets. Le roman atteint son apogée émotionnel avec une réplique de Luca : « Tu as failli mourir pour… de l’eau ! » Cette phrase résume l’essence de l’histoire. H₂O 2047 ne cherche pas à décrire un scénario apocalyptique, mais explore plutôt la zone grise entre adaptation, solidarité, contrôle et militarisation de l’eau. Si le roman manque parfois de nuances et si certains personnages peinent sous le poids de son cadre spéculatif, il parvient à transformer un problème technique en une tension narrative captivante. Il fait de la gestion de l’eau une question à la fois simple et profondément politique : qui pourra encore boire ?