La maladie de Del Amo dans un recueil littéraire

Jean-Baptiste Del Amo raconte sa maladie chronique dans sa contribution au recueil littéraire Ma nuit au musée, qui invite des écrivains à passer une nuit dans un musée et à créer un récit à partir de cette expérience. Lancé en 2018, le recueil réunit des textes d'auteurs comme Christian Boltanski et Jakuta Alikavazovic, qui ont chacun utilisé leur visite au musée comme point de départ de leur écriture.

Une maladie chronique et ses conséquences

La maladie de Del Amo, une pancréatite chronique héréditaire, lui cause depuis plus de dix ans de vives douleurs et de grandes difficultés dans sa vie quotidienne. Elle rend la déglutition douloureuse et provoque de graves crises nocturnes, qui ont fait naître en lui une peur de la tombée de la nuit. Les médecins n'ont identifié cette affection que récemment. Del Amo a choisi de passer la nuit à Madrid : il a visité les Peintures noires de Francisco de Goya au musée du Prado, puis a dormi dans l'ermitage San Antonio de la Florida, où Goya a réalisé ses fresques.

Un récit façonné par la souffrance

Le texte de Del Amo ne s'attarde pas sur les causes médicales de la maladie de Goya, que l'on attribue notamment à un empoisonnement au mercure ou à la syphilis. Il porte plutôt sur la manière dont la souffrance se reflète dans l'art, et sur la façon dont sa propre maladie devient le thème central de son œuvre. Il écrit à la deuxième personne, peut-être pour prendre ses distances avec le pouvoir de la maladie et rendre l'écriture plus supportable.

La maladie et le bouleversement de la vie

Del Amo explore la façon dont la maladie perturbe la vie quotidienne, en altérant les gestes les plus simples et le rythme de l'existence. Il s'interroge sur ce que peut désirer un corps affaibli par la douleur, et sur la manière dont les relations amoureuses peuvent être touchées lorsque le récit d'une histoire à deux se défait, chacun vivant alors dans une histoire séparée.

Le langage et la recherche d'expression

Del Amo soutient que la maladie met le langage à l'épreuve et exige de nouvelles formes pour exprimer ce qui se nomme difficilement. Il observe qu'une maladie sans nom crée un vide dans la langue, qui entrave la pensée et la guérison. Nommer la maladie, même si elle ne peut pas être guérie, permet d'entrer dans un processus de compréhension et de mise à distance par le langage.

Un récit fragmenté et des parallèles artistiques

Del Amo prévoit que son récit sera fragmenté, s'éloignant d'une chronologie claire pour refléter la fracture et la dispersion provoquées par la maladie. Il établit un parallèle entre la manière dont nous regardons les peintures altérées de Goya et sa propre expérience, suggérant que nous admirons peut-être ces œuvres davantage pour les transformations qu'elles ont subies au fil du temps que pour leur état d'origine.

La rupture comme condition du récit

Del Amo trouve un lien entre la altération des œuvres de Goya et sa propre expérience, et il utilise la notion de rupture, c'est-à-dire de cassure ou de fracture, pour encadrer son récit. Il considère l'écriture non seulement comme un témoignage, mais aussi comme une forme littéraire qui partage sa souffrance et sa solitude, transformant une douleur personnelle en une expression artistique plus large.