Mobilisation antifasciste en préparation

À la Bourse du travail de Paris, plusieurs centaines de personnes se sont réunies pour préparer un week-end de mobilisation antifasciste. Militants politiques, syndicalistes et membres d'associations ont débattu de la manière de répondre à trois événements faisant la promotion de la « remigration », prévus entre le vendredi 30 octobre et le dimanche 1er novembre. Aïssatou, présente à l'assemblée générale, a déclaré : « Il est important de se mobiliser pour montrer que nous sommes unis contre le fascisme, que nous sommes organisés et que nous ne nous laisserons pas faire. »

L'attaque raciste nourrit la mobilisation

L'attaque raciste de Trappes, qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi le 23 octobre, a constitué, selon elle, « un choc électrique supplémentaire ». La mobilisation s'inscrit dans un contexte de tensions politiques et sociales, alors que le mouvement étudiant entre dans une nouvelle phase. Quelques jours plus tôt, le 24 octobre, une manifestation contre le Rassemblement national a réuni 26 000 personnes selon les organisateurs, 13 000 selon la préfecture. « C'est fou, il n'y avait pas eu une mobilisation aussi importante depuis 1997 à Strasbourg », s'est enthousiasmé un militant présent à l'assemblée générale parisienne.

Un événement d'extrême droite à Paris

Trois événements d'extrême droite ont été annoncés dans la région parisienne. Le premier : une séance de dédicace du livre Remigration de l'Autrichien Martin Sellner, prévue le vendredi 30 octobre à la librairie Logos, dans le 7e arrondissement de Paris. Martin Sellner défend un projet d'expulsions massives visant les étrangers ainsi que les personnes naturalisées ou issues de l'immigration. En 2018, il a reçu un don de Brenton Tarrant, auteur des attentats contre deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui ont tué 51 personnes en mars 2019.

Une conférence d'extrême droite au Plessis-Robinson

Le deuxième événement devait se tenir le samedi 31 octobre à la Maison des arts du Plessis-Robinson, dans les Hauts-de-Seine. Intitulée « France remigration, ouvrons le débat », cette conférence était organisée par Polémia, un think tank fondé par Jean-Yves Le Gallou, ancien cadre du Front national et figure de l'extrême droite identitaire européenne. Au programme : Renaud Camus, théoricien du « grand remplacement », Alice Cordier, présidente du collectif Némésis, Jean-Eudes Gannat, ancien dirigeant du groupe nationaliste Alvarium, ainsi que des représentants de formations européennes d'extrême droite. Éric Zemmour devait intervenir par vidéo.

Polémique autour du financement

Enfin, une manifestation du collectif Objectif Remigration a été annoncée le dimanche 1er novembre dans les rues de Paris. Le choix de la Maison des arts du Plessis-Robinson avait suscité une vive réaction parmi les élus locaux. Cet équipement culturel, en partie financé par l'intercommunalité Vallée Sud-Grand Paris, a été loué aux organisateurs pour 4 500 euros. Selon des informations publiées par Mediapart, l'intercommunalité a contribué à hauteur de 32,5 % au financement de l'équipement. Le maire Les Républicains du Plessis-Robinson, Philippe Pemezec, qui avait soutenu la candidature d'Éric Zemmour à l'élection présidentielle de 2022, a défendu la location au nom de la liberté d'expression.

Les autorités interdisent deux événements

Le jeudi 29 octobre, les autorités ont finalement interdit deux des trois événements. À la demande du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, le préfet des Hauts-de-Seine a pris un arrêté interdisant la conférence du samedi. La préfecture de police de Paris a fait de même pour la manifestation identitaire prévue le dimanche. Les autorités invoquent les risques de troubles à l'ordre public après l'attaque raciste de Trappes, ainsi que le climat tendu lié au mouvement étudiant.

Les antifascistes y voient une victoire partielle

Pour les collectifs mobilisés, ces interdictions ont un goût de victoire. « Une fois que notre avocate, Me Samy Djemaoun, a déposé un référé-liberté auprès du tribunal de Cergy pour demander l'annulation de la conférence, nous avons constaté que le préfet a bougé. Nous pensons qu'il y a un lien », explique Pav, militante du collectif interorganisations « Virons les fachos - contre le week-end sur la remigration ». « C'est évidemment la pression que nous avons exercée en annonçant des contre-événements qui a fait bouger le préfet, même si nous regrettons qu'il n'ait pas agi plus tôt », poursuit-elle.

Les recours judiciaires se poursuivent

Polémia a saisi le tribunal administratif de Cergy-Pontoise pour contester l'arrêté d'interdiction de sa conférence. Une audience est prévue le vendredi 30 octobre à 14 heures. Le collectif Objectif Remigration a également annoncé un référé-liberté contre l'interdiction de sa manifestation parisienne. En attendant les décisions de justice, les collectifs antifascistes maintiennent leurs appels à la mobilisation.

La venue de Sellner en suspens

La troisième rencontre, prévue le vendredi à la librairie Logos, a elle aussi connu un rebondissement. Le jeudi soir, Martin Sellner a annoncé sur son compte X avoir été retenu à son arrivée en France. Le militant identitaire autrichien a publié une photographie d'un document lui notifiant une interdiction administrative du territoire français. Il affirme devoir être renvoyé en Autriche dès le vendredi. Sa séance de dédicace paraît donc compromise.

Violences racistes en contexte

Ces mobilisations interviennent quelques jours seulement après l'attaque raciste de Trappes et de La Verrière, qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi et fait plusieurs blessés graves. Son père, Boléma Bossio Wangi, avait lui-même combattu les groupes néonazis dans les années 1980, au sein des Black Dragons, connus pour leurs affrontements avec les skinheads d'extrême droite. Dans un entretien accordé en 2014, il racontait les violences racistes qu'il subissait dans les rues de Paris. Quarante ans plus tard, les discours racistes ont changé de costume. Ils ne se limitent plus aux groupes de skinheads, ils s'expriment désormais dans des conférences, des livres et des projets politiques.