Ce qui se joue, le nouveau roman de Caroline Hinault publié aux éditions du Rouergue, imagine une épidémie mystérieuse qui affecte les enseignants, les privant progressivement de la parole. Les professeurs touchés entendent d'abord la Marche funèbre de Chopin, puis perdent presque entièrement la capacité de parler, ne leur restant bientôt qu’un seul mot : « poï ». Ce dispositif ouvre une réflexion plus large : que devient une société lorsque ceux qui transmettent les mots n'arrivent plus à les prononcer ?
Fanny, libraire à la Fnac Vélizy, a refermé le livre avec un sentiment moins sombre qu’on pourrait le croire. « C’est un roman que j’ai trouvé à la fois très touchant, pour ce qu’il raconte, et à la fois très lumineux. » La fin lui a laissé « une petite note d’espoir ». Pour elle, l’humour ne masque pas le désastre ; il permet d’affronter la situation sans détour.
Au cœur du récit, Martial Reverdy, envoyé par le ministère, observe ce qui se passe dans un lycée frappé par l’épidémie. Face à lui, Monia Boukary, professeure de français, occupe bientôt tout l’espace. Fanny s’est immédiatement attachée à ce personnage, exigeant mais jamais malveillant, obstiné à faire chercher le mot juste, à pousser les élèves à réfléchir, à interpréter, à se construire. « C’est le genre de professeur qui, je pense, marque un peu à jamais. »
Le roman observe ce huis clos où des adolescents et un adulte doivent, malgré la fatigue, les tensions et les moyens dérisoires, faire quelque chose ensemble. Une photocopieuse récalcitrante suffit à faire sourire la libraire ; elle y voit aussi un détail d’un réalisme presque brutal, le signe ordinaire d’un métier exercé, selon ses mots, « avec les moyens du bord ».
La langue permet de construire une pensée critique, un raisonnement, une identité, mais aussi de comprendre les autres. « Ce n’est pas seulement un roman sur l’école [...] c’est aussi un roman sur la langue », insiste-t-elle. Et donc sur ce que les discours peuvent produire, déformer ou manipuler. Elle lit ainsi le livre comme un roman engagé, doublé d’une satire sociale, où l’abandon des services publics affleure derrière l’épidémie fictive.
Caroline Hinault fait circuler le récit entre théâtre, scénario, poésie, grammaire et autres dispositifs. L’effet aurait pu tenir du jeu de virtuosité. Fanny y voit au contraire une manière d’ouvrir le texte : « C’est peut-être expérimental, mais c’est pas compliqué. » Cette construction, dit-elle, sert l’intrigue et ravive le désir de retourner vers d’autres œuvres.
Fanny ne réduit pas Ce qui se joue à un roman destiné aux seuls enseignants. Elle le conseille aussi aux lecteurs plus jeunes, aux amateurs de dystopie, et à celles et ceux qui cherchent une fiction originale sur notre rapport au monde. Son jugement tient en une formule qui résonne comme une ligne de défense : « C’est un roman qui donne envie de défendre les professeurs, qui donne envie de défendre la littérature. »
Derrière l’épidémie, la question demeure, simple et grave : que reste-t-il d’un monde commun quand les mots se retirent ?
Roman explore l'épidémie silencieuse des enseignants et les enjeux de la transmission
AI-rewritten from original reportingHow it works
fictionlanguageepidemiceducationnovelsocial-commentary



