Première de I Capuleti e i Montecchi
La première de I Capuleti e i Montecchi au Liceu, le 30 octobre, a suscité sept minutes d'applaudissements, avec un Roméo chaleureusement accueilli et une Giulietta ovationnée, ce qui a comblé les amateurs de bel canto. Selon la presse espagnole et catalane, trois questions restent sans réponse : Lisette Oropesa a-t-elle triomphé sans réserve ? Raffaella Lupinacci lui a-t-elle dérobé une partie des projecteurs ? Et quelle est la signification d'un baiser entre deux ennemis jurés, dans une histoire où des familles s'entre-tuent ?Des critiques saluent et interrogent la prestation d'Oropesa
Pablo L. Rodríguez, du quotidien El País, affirme qu'Oropesa a donné une leçon de chant, avec des vocalises nettes, un contre-ut aisé dans « Oh! quante volte » et des phrases sans effort au second acte, y compris une cabalette ornée jusqu'au ré aigu. En revanche, Jordi Maddaleno, de La Vanguardia, salue la finesse technique et la beauté de la première aria, mais relève que la voix d'Oropesa perd parfois de sa présence, qu'elle est par moments couverte par l'orchestre et qu'elle laisse apparaître des signes de fatigue.La prestation et la santé d'Oropesa
Maricel Chavarría, du même journal, mentionne qu'Oropesa avait été testée positive à la Covid quelques jours plus tôt, ce qui pourrait expliquer certaines difficultés. Xavier Pujol, de la Revista Musical Catalana, décrit une Giulietta qui commence tendue, puis se libère peu à peu et termine magnifiquement. Il parle d'une bonne prestation, tout en estimant que le Bellini idéal reste hors d'atteinte.Le Roméo de Raffaella Lupinacci reçoit des éloges
Concernant le rôle de Roméo, le consensus est presque total. Raffaella Lupinacci, qui fait ses débuts au Liceu, a impressionné le critique d'El País par son registre de poitrine, son récitatif et surtout la scène du tombeau, où son « Deh! tu, bell'anima » a déclenché un « brava! » dans la salle. Pujol la décrit comme pleinement maîtresse de ses moyens, aussi juste sur scène que vocalement.Lupinacci et Oropesa se partagent les projecteurs
Si certains critiques ont noté que Lupinacci partageait les projecteurs avec Oropesa, en particulier dans le stretto du premier finale, où leurs voix se mêlaient presque indistinctement, Rodríguez y voit un succès rare, tout en regrettant le manque de contraste dans le duo du premier acte. Maddaleno aurait souhaité davantage d'alchimie entre les amants.Les seconds rôles et la direction musicale sont salués
Iván Ayón Rivas, dans le rôle de Tebaldo, est décrit comme ardent et généreux dans le registre aigu par Maddaleno, qui en fait le meilleur soliste masculin de la distribution. Le chef d'orchestre Riccardo Frizza reçoit des éloges unanimes pour avoir joué la partition presque dans son intégralité, rétabli les reprises de la cabalette et laissé aux chanteurs le temps de respirer. La clarinette, le cor et la harpe ont été particulièrement remarqués.Une mise en scène accueillie avec réserve
La mise en scène d'Allex Aguilera, venu de Liège, a été moins bien accueillie. Les murs gris, les projections et un miroir d'eau ont été salués par Rodríguez pour la beauté de leurs images, mais il juge la direction d'acteurs peu convaincante et le message politique obscur. Il n'a pas compris la signification du baiser sur la bouche par lequel Tebaldo humilie Roméo. Pujol, qui résume l'ensemble sous le titre « Une grande œuvre imparfaite », a apprécié les décors contemporains, où les personnages passent du temps allongés au sol faute de sièges, et où un cube rotatif remplace les anciens escaliers.Deuil et tragédie marquent la première
À la fin du spectacle, Lisette Oropesa, la plus acclamée, a généreusement partagé ses applaudissements avec Raffaella Lupinacci. Les Capulet et les Montaigu auraient pu en tirer une leçon. Au-delà des applaudissements, la première a été marquée par le deuil. Elle a commencé par une minute de silence en mémoire des victimes de la catastrophe ferroviaire d'Urda, qui a fait au moins 69 morts. Quelques jours plus tôt, un autre drame avait touché directement la production : le 24 octobre, un membre de l'équipe technique de l'Opéra royal de Wallonie-Liège a été grièvement blessé lors d'une répétition au Liceu. Elle était toujours hospitalisée le soir de la première.Oropesa évoque les épreuves traversées
Sur les réseaux sociaux, Lisette Oropesa, qui se remet elle-même tout juste de la Covid, a exprimé sa profonde émotion face à cette succession d'épreuves. Elle a rappelé que l'œuvre de Bellini, consacrée à la mort prématurée et à l'amour qui lui survit, trouvait dans ces circonstances une résonance douloureuse.