Technique d'irrigation gravitaire

L'irrigation gravitaire en Crau consiste à laisser l'eau s'écouler sur des terrains plats ou légèrement inclinés, afin qu'elle s'infiltre lentement dans le sol. Cette technique centenaire submerge chaque été des prairies entières, rechargeant une nappe souterraine qui fournit de l'eau potable à des centaines de milliers de personnes en Provence.

Recharge de la nappe et variations saisonnières

Selon des informations rapportées, l'irrigation gravitaire des prairies de la Crau assure entre 66 et 70 % de la recharge annuelle de la nappe des graviers de la Crau, la pluie fournissant le reste. La nappe, estimée à 550 millions de mètres cubes, fonctionne à l'inverse des nappes méditerranéennes habituelles, avec des niveaux d'eau élevés en été et une baisse en hiver.

Infrastructure d'irrigation historique

Le canal de Craponne, un ouvrage d'ingénierie creusé en 1559 pour détourner les eaux de la Durance vers la plaine aride de la Crau, dans le département des Bouches-du-Rhône, est au cœur de ce système. Près de cinq siècles plus tard, le principe fonctionne toujours, presque sans modification.

Réseau de canaux moderne

Aujourd'hui, un réseau d'environ 400 kilomètres de canaux couvre la plaine, et l'eau de la Durance y circule toujours selon la même logique gravitaire héritée du XVIe siècle. Ce réseau hydraulique n'est pas une relique folklorique : il structure encore l'économie agricole et l'approvisionnement en eau de toute une région.

Foin de Crau et irrigation

Le foin de Crau, reconnu par une appellation d'origine protégée, est la production emblématique de cette plaine. Chaque printemps et chaque été, de la fin mars à la fin septembre, les agriculteurs inondent volontairement leurs prairies. Cet acte, qui pourrait sembler contre-productif pour une culture fourragère, est en réalité au cœur du système.

Infiltration de l'eau et gestion de la nappe

En laissant l'eau de la Durance recouvrir les champs, les agriculteurs n'irriguent pas seulement leur foin : ils injectent aussi une quantité importante d'eau dans le sol graveleux de la Crau. Cette eau percole lentement à travers les graviers et finit par atteindre la nappe souterraine, située à plusieurs mètres sous la surface. Le Symcrau, le syndicat mixte qui gère cette nappe, a quantifié ce phénomène.

Importance de la nappe

La nappe des graviers de la Crau n'est pas un simple réservoir anecdotique. Son volume est estimé à 550 millions de mètres cubes par le Symcrau, un chiffre qui donne une idée de l'ampleur de cette réserve d'eau souterraine cachée sous les graviers de la plaine. Cette réserve alimente en eau potable environ 270 000 personnes selon les documents du contrat de nappe, un chiffre que l'AFP évoquait également, autour de 300 000 personnes, en 2023.

Impact de l'irrigation sur le niveau de la nappe

Dans les deux cas, ce nombre concerne une population importante, bien au-delà des villages agricoles de la plaine. L'amplitude des variations du niveau de la nappe illustre clairement l'influence de l'irrigation. Dans les zones non irriguées, le niveau varie d'environ 50 centimètres au cours de l'année. Dans les zones irriguées, cette variation peut dépasser 10 mètres.

Préoccupations de gestion et interdépendance

Cette dépendance explique pourquoi le Symcrau se montre prudent face aux évolutions agricoles. Réduire l'irrigation des prairies pour des raisons économiques ou de gestion de l'eau pourrait menacer l'équilibre de toute la plaine, selon les déclarations du syndicat rapportées par l'AFP. Le Symcrau, un établissement public créé en 2006, gère le contrat de nappe de la Crau depuis 2016 afin de concilier agriculture et approvisionnement en eau potable.

Une relation unique entre agriculture et eau potable

Cette situation révèle une interdépendance rarement observée ailleurs : des habitants qui boivent une eau dont la disponibilité dépend directement d'une pratique agricole héritée de la Renaissance. Le foin de Crau n'est donc pas seulement un produit local protégé. Il est aussi, sans que la plupart des usagers du robinet s'en rendent compte, un élément essentiel de leur approvisionnement en eau.