La lecture de fiction pourrait être plus bénéfique pour l'esprit que celle d'essais, en favorisant l'empathie et la gestion de l'ambiguïté.
Week-ends et choix de loisirs
Le week-end, certains regardent des séries, d'autres sortent ou pratiquent un sport. Beaucoup choisissent de lire des ouvrages sérieux sur le développement personnel ou le management, pour se sentir productifs. Cependant, certaines personnes qui réfléchissent beaucoup consacrent souvent leurs week-ends à la lecture de romans, se plongeant dans des histoires sans prendre de notes ni chercher de leçons.Lire pour être productif ou pour le plaisir
La plupart des lecteurs qui veulent « devenir plus intelligents » se tournent vers la non-fiction : essais d'économie, livres de business ou guides d'organisation. Ce choix paraît responsable et vertueux. À la fin du week-end, on peut réfléchir à ce que l'on a appris et sentir que le temps a été bien employé. En revanche, la lecture de fiction semble une option plus légère, souvent réservée aux moments où l'on est trop fatigué pour une lecture plus sérieuse.La valeur de la lecture de fiction
La psychologue Mark Travers, qui écrit pour Forbes, note que les personnes qui gagnent leur vie en réfléchissent passent souvent leurs samedis après-midi plongées dans des romans, sans prendre de notes. Cette activité paraît improductive, mais elle pourrait être plus bénéfique pour leur pensée que les livres dont elles sont fières d'avoir terminé la lecture.La fiction comme exercice mental
Le chercheur en sciences cognitives Keith Oatley compare la fiction à un simulateur de vol, dans un article publié dans Trends in Cognitive Sciences. Un roman permet au lecteur de vivre la vie du point de vue d'une autre personne, sans les risques d'erreurs réelles. Cela contribue à développer une capacité psychologique appelée théorie de l'esprit, c'est-à-dire la faculté de deviner ce que pense ou désire quelqu'un d'autre.Suivre plusieurs points de vue
Cet exercice mental consiste à garder en tête ce que chaque personnage sait ou ignore, ainsi que ce que le lecteur perçoit. Cette capacité à tenir plusieurs points de vue à la fois ne reste pas cantonnée à l'histoire. Elle aide à comprendre les autres dans la vie quotidienne, par exemple à réaliser qu'un collègue a accepté une décision à contrecœur, ou qu'un « ça va » d'un ami signifie peut-être qu'il attend un suivi.La fiction et le besoin de clôture cognitive
Des recherches récentes mettent en lumière un autre bienfait de la lecture de fiction. Les psychologues décrivent un trait appelé besoin de clôture cognitive : l'inconfort face à l'ambiguïté et la tendance à rechercher des explications rapides et rassurantes. Une étude publiée dans Scientific Reports montre que les personnes qui ont fortement besoin de clôture cognitive cherchent souvent à s'entourer de personnes partageant leurs idées et évitent les idées contraires, surtout dans les situations incertaines. La fiction, avec ses fins ouvertes et son incertitude, entraîne l'esprit à rester curieux même lorsque tout n'est pas clair.Le pouvoir caché de la fiction
Qu'il s'agisse d'un roman classique ou d'un thriller psychologique, en version papier ou en livre audio, l'essentiel est de laisser l'histoire guider le lecteur plutôt que de chercher à en extraire des leçons. Ce temps en apparence improductif peut profondément transformer la manière dont on comprend les autres et les situations complexes.