Une herbe en apparence ordinaire, Spartina anglica, a transformé l’un des paysages les plus emblématiques de France, la baie du mont Saint-Michel, au cours du dernier siècle. Introduite dans les années 1920 pour stabiliser des sédiments mouvants, cette graminée colonise désormais environ un cinquième de la baie. Elle piège les sédiments et accélère l’ensablement à tel point qu’elle a relié l’îlot de Tombelaine au littoral lors des marées hautes. Pour contrer ce phénomène, un projet de dragage d’un coût estimé à plus de 190 millions d’euros a été lancé, avec pour objectif de contenir cette progression et de préserver la biodiversité du site.
Dans les années 1920, des ingénieurs français cherchaient à stabiliser les sédiments de la baie et à faciliter le polder, c’est-à-dire la récupération de terres agricoles sur la zone intertidale. Ils optèrent pour Spartina anglica, une graminée originaire d’Angleterre réputée pour sa capacité à pousser sur les vasières. L’idée était que cette plante résistante fixerait les sols meubles et aiderait à gagner des terres sur la mer. Pourtant, un siècle plus tard, le résultat est bien différent. L’herbe a envahi environ un cinquième de la baie, transformant d’anciennes zones de marée en prairies denses et compactes. Ce qui était une plante bénéfique est devenu un acteur majeur de l’ensablement, érodant peu à peu la zone intertidale et réduisant les paysages ouverts ainsi que les habitats d’oiseaux qui font la renommée du site.
L’expansion de Spartina anglica n’est pas un phénomène isolé à Mont-Saint-Michel. On la retrouve aussi en Normandie, dans la Manche, dans l’estuaire de la Gironde et dans le bassin d’Arcachon, où elle a été introduite dès 1924. Dans chaque lieu, le même scénario s’est répété : une plante conçue comme un outil d’ingénierie est devenue invasive et difficile à maîtriser. L’espèce est particulièrement adaptable, prospérant dans des sols instables et fréquemment submergés où d’autres végétaux peinent à s’implanter. Cela a conduit à de multiples campagnes d’éradication, aucune n’ayant réussi à inverser durablement la progression de l’herbe.
Le mécanisme par lequel Spartina anglica transforme le paysage est à la fois simple et redoutablement efficace. Ses tiges et ses feuilles forment un filet naturel qui retient les sédiments fins charriés par les marées et les courants. Avec le temps, ce processus accélère l’accumulation de vase, modifiant durablement le paysage de la baie. À Mont-Saint-Michel, cela a entraîné des changements d’une ampleur inattendue, l’herbe formant des colonies denses qui concurrencent les plantes locales comme la betterave maritime, typique des vasières exposées, appelées slikke.
Une conséquence directe et symbolique de cette transformation est la jonction de l’îlot de Tombelaine avec le continent lors des marées hautes, un changement qui a déplacé les oiseaux de leurs zones de nourrissage. La végétation dense couvre désormais près de 3 500 hectares, jouant un rôle écologique essentiel en retenant les sédiments et en fournissant une nourriture pour les célèbres moutons de pré-salé. Cependant, la prolifération incontrôlée de Spartina anglica a perturbé l’équilibre écologique du site, réduisant la diversité des milieux qui abritaient autrefois une faune variée. Les oiseaux de rivage, qui dépendent des vasières ouvertes pour se nourrir de vers et de crustacés, perdent peu à peu leurs terrains de chasse à mesure que l’herbe gagne du terrain.
Face à ce défi, un vaste projet de dragage a été lancé dans le bassin de Mont-Saint-Michel, avec un budget estimé à plus de 190 millions d’euros. L’objectif est d’enrayer le processus d’ensablement et de préserver le caractère maritime unique du site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La gestion de Spartina anglica reste toutefois un exercice complexe, car sa propagation est étroitement liée aux dynamiques sédimentaires propres à chaque estuaire. Ce qui fonctionne dans un lieu peut s’avérer inefficace ailleurs, rendant les efforts d’éradication durable particulièrement ardus.
Une herbe envahissante modifie le paysage de la baie du Mont-Saint-Michel
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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