Les pompiers sont de plus en plus exposés à des risques sanitaires en raison de leur contact avec des fumées toxiques issues des incendies de forêt. Des rapports récents ont mis en lumière les effets à long terme de cette exposition, notamment une diminution de la fonction pulmonaire et des maladies pulmonaires chroniques. En 2017, la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) avait souligné que l'exposition à des substances nocives pouvait entraîner ces problèmes de santé. L'Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, a confirmé dans un rapport publié en juin que les fumées des feux de forêt peuvent avoir un impact négatif sur la mortalité non accidentelle à court terme et provoquer des symptômes respiratoires comme la toux, l'irritation et l'essoufflement. Ces symptômes peuvent persister jusqu'à deux ou trois ans après l'exposition. Guillaume Vasselin, pompier avec trente ans d'expérience, a développé une grave affection asthmatique accompagnée de toux invalidantes quatre mois après les mégafeux en Gironde en 2022. Il a été déclaré inapte opérationnel l'hiver suivant, mais ce n'est qu'en avril 2023 que son état a été officiellement relié à l'exposition aux fumées. Vasselin a déposé un dossier pour la reconnaissance d'une maladie professionnelle et n'est pas retourné au travail depuis. Le rapport de la CNRACL a également mis en évidence une augmentation de la mortalité par cancer chez les pompiers, notamment liée à l'inhalation involontaire de produits retardateurs, connus pour être cancérogènes et toxiques pour la reproduction. La sénatrice Émilienne Poumirol, ancienne présidente du conseil d'administration du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) 31 et auteure d'un rapport sur les cancers professionnels chez les pompiers, s'inquiète du manque d'études épidémiologiques en France sur l'impact sanitaire de l'exposition aux fumées. Ces études sont bien documentées dans les pays anglo-saxons. Sébastien Dephot, représentant d'un syndicat autonome des pompiers de Gironde, a indiqué qu'en 2026, la quantité de matériaux brûlés en trois ou quatre jours dans ce département avait dépassé l'ensemble des chiffres de 2022. Lors du mégafeu qui a ravagé 42 000 hectares, il a observé des collègues souffrant de petits épisodes de vomissements et retournant à leurs camions, probablement victimes d'une intoxication au monoxyde de carbone, qui peut aussi provoquer des maux de tête, des vertiges ou des nausées. Les pompiers font souvent face à un tabou autour de leur santé, beaucoup préférant taire leurs symptômes par crainte d'être déclarés inaptes. Lors du mégafeu en Gironde, les pompiers portaient leur cagoule ignifugée par-dessus un masque FFP2, une combinaison rapidement devenue irrespirable. Guillaume Millet, délégué CFDT au Sdis 33, a raconté que pendant deux jours, lorsqu'il se mouchait, ses mouchoirs étaient entièrement noirs. Si la suie est présente dans le nez, elle l'est aussi dans les poumons et les bronches. Marc Vermeulen, qui dirige le Sdis 33, reconnaît que les protections actuelles sont « perfectibles », mais souligne qu'un nouveau modèle de cagoule filtrante offrant une meilleure protection respiratoire présente aussi un risque accru d'insolation. Une mission parlementaire récente a recommandé la création d'un fonds national pour financer le suivi médical des pompiers ainsi que la recherche et le développement sur les protections respiratoires, les tenues, la décontamination et les capteurs individuels.