La baisse annoncée des financements pour la création culturelle suscite l’inquiétude des professionnels du spectacle vivant, alors même que certains lieux n’ont pas encore reçu l’intégralité des subventions de l’État pour 2026. Julie Sanerot, directrice du MAC, scène nationale de Créteil, a indiqué que si les 13 % de la subvention 2026 encore dus par l’État n’arrivent pas d’ici novembre, l’établissement aura des difficultés à payer les salaires. Elle a souligné que les subventions du ministère de la Culture pour l’année en cours ne sont toujours pas versées en totalité. Comme vingt-sept autres théâtres, orchestres et opéras, son établissement devait être concerné par un gel de 13 % des crédits. La mobilisation du secteur lors du Festival d’Avignon a contraint le ministère à revenir en arrière, mais le MAC n’a toujours pas perçu les 233 000 euros qui lui sont dus. Dès le mois de mai, les salaires de l’équipe avaient déjà été payés avec retard en raison de l’octroi de seulement la moitié de la subvention, et celle du département du Val-de-Marne, seulement ce mois-ci. Au Centre dramatique national de Nanterre-Amandiers, également visé par le gel, le montant retenu s’élève à plus de 600 000 euros. Nathalie Pousset, directrice adjointe, a assuré que l’établissement sera payé d’ici la fin du mois. Dans ce contexte, les 15 millions d’euros de baisse des crédits alloués à la création, présentés dans le cadre du projet de loi de finances 2027 (PLF), ne rassurent pas. Julie Sanerot, à la tête du MAC depuis seulement un an, met en garde : l’établissement ne dispose pas de fonds propres suffisants pour compenser la réduction des subventions. Pour 2027, elle envisage plusieurs scénarios « dans le vide, faute d’orientations de l’État », allant jusqu’à ne plus pouvoir soutenir les artistes dans la production de leurs spectacles, hormis ceux montés par les cinq partenaires de son projet. Jean-Marie Songy, directeur du Palc, Pôle national des arts du cirque à Châlons-en-Champagne, rappelle que l’établissement disposait de 100 000 euros il y a trois ans pour produire des spectacles, contre 75 000 euros aujourd’hui. Le déclin est rapide, et il ne souhaite pas réduire la programmation ou les projets d’éducation artistique, au risque de perdre le lien avec le public. Cela implique que le Palc devra rogner sur sa partie fonctionnement, ce qui met en péril la pérennité de certains postes. Martin Kergourlay, administrateur de la compagnie Le K, dirigée par Simon Falguières, a souligné que l’entreprise bénéficiait d’une convention avec l’État pour trois ans et demande une convention sur quatre ans pour plus de sécurité. Il anticipe des débats budgétaires longs et complexes avant l’adoption du budget de l’État, notant qu’un retard de versement des subventions peut mettre la compagnie en difficulté de trésorerie. La compagnie, qui reçoit 50 000 euros par an de la DRAC Normandie, est en pleine expansion. Pourtant, la baisse des ressources pour les théâtres et festivals ne rassure pas une équipe qui propose à la fois des spectacles accessibles pouvant être joués hors les murs et d’autres pour de grandes scènes, nécessitant des moyens techniques importants et des distributions étoffées. Julie Sanerot souligne que le MAC gère plusieurs salles, dont une de mille places, et qu’à terme, avec un budget réduit, elle ne pourra plus proposer de programmation pour cet espace. Elle a également indiqué que l’État impose de nombreux critères, comme le soutien à la création, la présence d’artistes internationaux ou le travail de terrain pour élargir les publics. Si les budgets sont encore réduits, elle devra engager un dialogue pour déterminer quelles missions devront être abandonnées. Soulignant les menaces que ce dernier budget sous la présidence d’Emmanuel Macron fait peser sur la vitalité de l’écosystème du spectacle vivant, alors même que la liberté de création est remise en cause par certaines collectivités locales, le Syndeac accuse l’État d’abandonner le soutien total aux artistes et de choisir de démanteler progressivement le service public de la culture sur les territoires.