Le Opéra national de Nancy-Lorraine a lancé sa saison avec une reprise de Otello, mise en scène par Ted Huffman. Cette production avait déjà été créée en octobre 2025 à l’Opéra du Rhin à Strasbourg, avec une distribution différente à l’exception du rôle de Cassio. Le spectacle a été capté par Yannick Boussaert. Franciska Ery, la nouvelle directrice du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, a supervisé cette reprise, apportant une approche engagée et militante à la mise en scène. Avant le début de la représentation, des panneaux de surtitrage affichaient des statistiques alarmantes sur les féminicides en France ces dernières années, tirées du site noustoutes.org, reflétant la perspective féministe de Huffman. La production inclut un extrait vocal de l’Acte IV, Scène 3 de Otello de Shakespeare, plus précisément le monologue d’Emilia, qui n’apparaît ni dans le livret original de Boito ni dans la partition de Verdi. Cet ajout apporte une nouvelle dimension au personnage d’Emilia, soulignant son rôle dans la révélation des défauts pouvant mener au meurtre d’une femme. La mise en scène de Huffman est minimaliste, n’utilisant que quelques accessoires comme des chaises et des tables, et mettant l’accent sur les thèmes de la jalousie, de la domination et de l’aveuglement qui animent le drame. Huffman situe l’opéra dans le présent, avec des costumes et des accessoires contemporains, permettant aux protagonistes de s’adresser directement au public depuis le bord de la fosse. Le dernier acte se déroule dans le hall de réception des envoyés du Doge, évitant ainsi une scène dans une chambre à coucher. Desdémone, interprétée par Yaritza Véliz, chante le Chant du saule et l’Ave Maria en tenant un chapelet sur une chaise, résistant aux accusations d’Otello avant d’être abattue, tandis qu’Otello se tire une balle. La création à Strasbourg a été dirigée par Speranza Scappucci avec l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, tandis qu’à Nancy, Giulio Cilona a fait ses débuts avec l’Orchestre de l’Opéra national de Nancy-Lorraine, remportant un succès éclatant. Cilona, jeune chef d’orchestre belgo-américain aux futures nominations à la Scala de Milan et à l’Opéra Garnier, a livré une interprétation impeccable, saisissant les nuances de la partition, de la tempête initiale aux accents déchirants de l’Acte IV. Yaritza Véliz, soprano chilienne née en 1991, a impressionné par sa forte présence scénique, sa voix chaleureuse et sa technique bien maîtrisée. Samuel Sakker, dans le rôle-titre, a relevé des défis vocaux mais a offert une performance méritoire. Daniel Scofield, en Iago, a manqué de la méchanceté absolue de certaines interprétations antérieures, mais a mené son rôle avec aisance. Marie-Juliette Ghazarian, en Emilia, a marqué par une présence plus substantielle, jouant le rôle de confidente et d’amie de Desdémone. Joël Prieto, entrant dans le rôle de Cassio dès le premier acte, a livré une belle performance. Grégoire Mour, Yong Kim et Marco Gemini, membres du chœur de Nancy, ont interprété Montano et le héraut. Sulkhan Jaiani, en Lodovico, s’est distingué par sa belle présence et sa voix.