L’opéra Don Giovanni de Wolfgang Amadeus Mozart est actuellement à l’affiche de l’Opéra de Marseille, après des représentations à Toulouse, Dijon et Montpellier. Cette production s’appuie sur une distribution presque entièrement renouvelée, Nicolas Courjal n’étant plus dans le rôle-titre. Dario Solari incarne à nouveau Don Juan, personnage marqué par son arrogance, son hédonisme et ses manipulations. La puissance vocale de Solari et sa présence scénique magnétique sont saluées comme des atouts majeurs de la mise en scène. Marc Barrard prête sa voix à Leporello, le fidèle serviteur de Don Juan, apportant à la fois une précision technique et une touche d’humour au personnage. Cyrille Dubois offre une interprétation convaincante de Don Ottavio, mettant en valeur une voix riche et juvénile. Les trois rôles féminins principaux – Salomé Jicia dans le rôle de Donna Anna, Margaux Poguet en Donna Elvira et Floriane Hasler en Zerlina – apportent chacune des qualités vocales et une profondeur de jeu distinctes. Zerlina de Hasler est notamment appréciée pour la souplesse de son soprano, bien que certains passages plus sensuels semblent moins naturels pour elle. Louis Morvan, en Masetto, se distingue par un timbre chaud et plein, tandis que Mischa Schelomianski ajoute du panache dans le rôle du Commandeur. La scénographie, signée Agnès Jaoui, propose un cadre urbain et intemporel, avec des bâtiments d’inspiration médiévale évoquant aussi bien Venise que Séville. Les changements de décor sont dynamiques, soutenus par une lumière signée Bertrand Couderc. Les costumes, imaginés par Pierre-Jean Larroque, s’inspirent des peintures classiques, en référence à des artistes comme Raphaël et le Tintoret. L’orchestre et le chœur de l’Opéra de Marseille, dirigés par Lawrence Foster, sont salués pour leur maîtrise, offrant une interprétation traditionnelle et ancrée de l’œuvre. Quelques déséquilibres dans l’accompagnement des chanteurs sont toutefois relevés. La mise en scène d’Agnès Jaoui dépeint Don Juan comme une figure abusive et manipulatrice, centrant son propos sur son emprise sur les femmes et ses comportements pervers. Cette lecture, qualifiée de moderne, s’inscrit dans la continuité des thèmes abordés dans son film L’Art du crime, sorti en mai de l’année précédente, qui évoquait des questions liées au mouvement #MeToo. La production marseillaise se poursuit jusqu’au 11 octobre, avant une reprise prévue en mars de l’année suivante au Grand Théâtre de Tours.