Cinq ans après la traversée migratoire la plus meurtrière de la Manche, le tribunal correctionnel de Paris a condamné 13 des 14 passeurs jugés à des peines de prison allant de six mois avec sursis à dix ans. Le cerveau du réseau, absent lors des délibérations, a écopé de la peine maximale. L’enquête concernant des agents du CROSS impliqués dans l’incident de cette nuit tragique se poursuit. Sur les 14 passeurs impliqués dans le départ du canot, 13 ont été condamnés à des peines allant de six mois de prison avec sursis à dix ans, selon leur niveau d’implication dans l’affaire. Un seul d’entre eux a été acquitté. Ces 14 hommes, originaires d’Afghanistan ou d’Irak, ont été jugés par le tribunal correctionnel de Paris depuis le 8 septembre 2026 pour déterminer leurs responsabilités dans cet événement survenu dans la nuit du 23 au 24 novembre 2021. Cette nuit-là, 33 migrants avaient quitté Loon-Plage (Pas-de-Calais) à bord d’un bateau de fortune en direction des côtes britanniques. Trois heures plus tard, alors que l’embarcation se dégonflait, les demandeurs d’asile avaient tenté d’appeler les services de secours français et britanniques, en vain. Au total, 27 corps ont été retrouvés, dont celui d’une fillette de sept ans, quatre corps n’ont jamais été localisés, et deux hommes ont miraculeusement survécu. Lors du prononcé des peines, le tribunal correctionnel de Paris a souligné que le niveau d’implication de chacun avait été pris en compte. Six d’entre eux ont été reconnus coupables d’homicides involontaires. Le cerveau du groupe, absent lors des débats, a écopé de la peine la plus lourde : dix ans de prison, assortis d’un mandat d’arrêt. Six mandats d’arrêt ont également été délivrés par la justice, estimant que ce « désastre sans précédent » survenu en novembre 2021 avait été causé par « des individus motivés par l’appât du gain, faisant fi de la vie humaine ». Le seul accusé présent en détention, un Irakien, a été condamné à sept ans de prison, et un mandat d’arrêt a été émis contre un autre Irakien, condamné à huit ans. Pour les autres, les peines varient de six mois de prison avec sursis à quatre ans de prison. En invitant les familles des victimes à témoigner, ces plusieurs jours d’audience ont permis à la cour de « mettre en lumière les conséquences dramatiques » des réseaux de passeurs, a déclaré le président en ouverture des débats le 30 septembre 2026. « Profitant de la vulnérabilité des migrants », les passeurs avaient mis en place un « trafic très lucratif » révélant « de multiples défaillances techniques et humaines ». Me Matthieu Chirez, avocat de 115 parties civiles, s’est dit soulagé par ces condamnations. « C’est un soulagement, mais pas vraiment une surprise. C’est une première étape, car nous restons prudents face à cette enquête qui se poursuit et concerne des membres du CROSS [Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage, note de la rédaction] accusés de ne pas avoir porté assistance cette nuit-là. » L’affaire a suscité une attention particulière en raison de l’ampleur de la tragédie et de l’implication à la fois des passeurs et des services de secours. Si le tribunal s’est concentré sur les passeurs, l’enquête en cours concernant des agents du CROSS ajoute une nouvelle couche de complexité aux questions juridiques et éthiques soulevées par l’incident. Les peines prononcées reflètent la reconnaissance par la justice de la gravité des actes des passeurs et de la perte tragique de vies humaines, mais l’enquête en cours sur la réponse des secours suggère que l’histoire complète de cette nuit n’est peut-être pas encore connue.