À Angers, l’Orchestre national des Pays de la Loire (ONPL), dirigé par le chef d’orchestre Sascha Goetzel, propose un programme spécial mettant en vedette le pianiste Lucas Debargue et le ballet rarement joué Soirées musicales de Benjamin Britten. Le concert se tient au Centre des Congrès d’Angers, choisi pour ses acoustiques supérieures à celles de l’Auditorium Debussy de Nantes. La Cité des Congrès de Nantes devrait rouvrir en 2028, mais pour l’instant, c’est Angers qui accueille l’événement. Le programme inclut Soirées musicales, un opus 9 de Britten composé autour de mélodies de Gioachino Rossini, qui se compose de cinq pièces vives. Cette œuvre met en valeur la qualité des timbres de l’orchestre et de ses musiciens, avec Jueun Jeong faisant ses débuts au premier pupitre de violon. L’ensemble est décrit comme flexible et coloré, avec une section centrale tyrolienne bien développée, traitée de manière grotesque par le chef autrichien. Lucas Debargue a pris place au clavier après un bref changement de plateau, offrant une texture légère dans le Concerto pour piano n° 2 de Prokofiev, bien que sa pression sur les touches reste marquée. L’ambiance est passée d’une première partie joyeuse à une atmosphère plus concentrée. L’approche de Sascha Goetzel, qui a privilégié la gestion des climats et de leurs couleurs plutôt que de plonger l’œuvre dans une obscurité forcée, s’est révélée efficace, notamment dans la maîtrise du crescendo final du premier mouvement. Le scherzo a mis en lumière les compétences techniques de Debargue, sans qu’il cherche à rivaliser avec des pianistes comme Yundi Li ou Yuja Wang. L’Intermezzo a été interprété à un tempo délibérément lent, avec un épaississement des cordes par le chef, rappelant l’ouverture grotesque des Soirées musicales, mais dans une version plus troublante pour ce concerto russe. Le jeu coloré du soliste français a été magnifié par les vents de l’ONPL, qui ont évoqué pour les auditeurs l’air musical de l’époque de la composition en 1913, année de Le Sacre du printemps à Paris. Les cordes de l’ensemble ont été saluées pour leur bonne concentration et leur forme actuelle. Les rappels ont mis à l’honneur des pièces liées à George Gershwin, Lucas Debargue ayant récemment sorti un album consacré au compositeur. Il a interprété deux morceaux, dont une improvisation qui a rapidement identifié le thème Summertime. Dans la seconde partie du programme, Sascha Goetzel a dirigé deux poèmes symphoniques de Richard Strauss. Dans Mort et Transfiguration op. 24, le premier crescendo a révélé un travail approfondi sur la matière, développé à partir d’un solide solo initial du cor. La section Meno mosso a évoqué les racines autrichiennes du chef, qui a placé sept contrebasses à l’autrichienne en une seule ligne à l’arrière. La clarté des vents a porté plusieurs moments magnifiques, jusqu’au climax du grand développement et son extinction, bien accompagné par la transparence des violons et de la harpe. Till l’Espiègle op. 28 a clos la soirée dans un style plus enjoué, profitant du cor, mais cette fois davantage de la clarinette si bémol interprétée par Sabrina Moulaï. La flexibilité de l’ensemble français et sa précision à suivre le chef ont été saluées, avec un intérêt encore plus marqué pour écouter l’histoire à travers ses différentes atmosphères, jusqu’à l’exécution, qui n’a pas été bâclée.