L'assurance en Europe face aux défis technologiques

L'Europe reste un acteur clé du secteur mondial de l'assurance, avec huit des vingt plus grands assureurs du monde basés sur le continent. La région est depuis longtemps réputée pour son savoir-faire, mais la montée rapide de la technologie transforme le secteur dans des domaines comme l'automatisation, l'analyse des données et la relation avec les clients.

Les investissements technologiques progressent rapidement

Il y a dix ans, environ 2,5 % des primes d'assurance étaient consacrés à la technologie. Cette part atteint aujourd'hui environ 4 % et continue d'augmenter rapidement. À mesure que la technologie prend une place plus centrale dans le fonctionnement de l'assurance, la frontière entre le métier de l'assureur et celui du technologue devient de moins en moins nette.

La souveraineté menacée sans maîtrise technologique

Les assureurs européens occupent une position solide dans le secteur, avec les compétences et les grandes entreprises nécessaires à la transformation. Toutefois, comme la valeur dépendra de plus en plus de la technologie, l'Europe doit aussi maîtriser ces outils. À défaut, elle pourrait perdre à la fois en compétitivité et en contrôle sur des opérations critiques.

Les fournisseurs technologiques non européens gagnent du terrain

Le basculement du contrôle technologique ne concerne pas seulement le lieu de stockage des données ou le siège des entreprises, mais aussi la question de savoir qui contrôle les technologies essentielles qui font fonctionner le secteur de l'assurance. De nombreux assureurs européens, comme Macif, se tournent vers des fournisseurs non européens, tels que l'entreprise américaine Guidewire, pour moderniser leurs systèmes. Ils créent ainsi des dépendances à long terme, difficiles à inverser.

Les leaders technologiques mondiaux dominent le marché

Les principaux éditeurs de logiciels et d'outils pour l'assurance sont de plus en plus installés aux États-Unis et en Chine. Ces plateformes sont au cœur du fonctionnement de l'assurance et, par conséquent, le contrôle et l'expertise se déplacent hors d'Europe. Certains assureurs européens tentent de conserver leurs propres capacités, mais ils manquent souvent de ressources ou de rapidité pour rivaliser avec des acteurs mondiaux mieux financés.

L'intelligence artificielle ajoute une nouvelle pression

L'intelligence artificielle prend une place encore plus centrale dans l'assurance, ce qui exige un accès à des données de haute qualité et une intégration profonde dans les processus métier. Celui qui contrôle l'infrastructure qui soutient l'IA exercera une influence considérable sur l'avenir de l'assurance. L'Europe a encore la possibilité de garder le contrôle, mais seulement si elle trouve de meilleures façons de faire travailler ensemble les assureurs et les fournisseurs technologiques.

Une approche équilibrée entre technologie et indépendance

Le modèle make and buy est de plus en plus pertinent pour les assureurs européens. Il consiste à garder en interne les fonctions essentielles tout en faisant appel à des experts externes pour gagner en agilité. Cela est particulièrement important pour l'IA, qui exige des compétences spécialisées que tous les assureurs ne peuvent pas développer seuls.

Les startups technologiques européennes peinent à se financer

Les jeunes pousses européennes de l'insurtech rencontrent des difficultés importantes pour lever des fonds. À l'inverse, leurs concurrents américains et asiatiques collectent des sommes bien plus élevées, comme les 96 M$ levés par l'entreprise américaine Socotra ou les plus de 84 M$ obtenus par la société britannique Instanda. Cet écart de financement rend plus difficile la concurrence mondiale des entreprises européennes.

Un marché fragmenté qui freine la croissance

Le marché européen de l'assurance est également morcelé, ce qui complique la croissance des entreprises à l'échelle de plusieurs pays. Par exemple, un assureur français qui souhaite se développer en Espagne ou en Italie peut rencontrer des obstacles comparables à ceux d'une entrée sur le marché américain. Cette fragmentation accroît le risque de désertification stratégique, c'est-à-dire que les technologies et les compétences clés se développent ailleurs, laissant l'Europe de plus en plus dépendante de solutions externes.