L'Europe domine le secteur mondial de l'assurance

L'Europe occupe une place majeure dans l'industrie mondiale de l'assurance, puisque huit des vingt plus grands assureurs mondiaux sont implantés sur le continent. Cette position illustre l'influence considérable de la région sur les pratiques et les politiques du secteur dans le monde.

L'IA transforme les activités des assureurs

L'arrivée de l'intelligence artificielle remodèle rapidement le secteur de l'assurance, en touchant notamment l'automatisation des processus, l'exploitation des données, la sélection des risques et la relation avec les clients. Ces changements sont portés par le rôle croissant de la technologie dans la gestion des services d'assurance et dans l'amélioration de leur efficacité.

Le rôle de la technologie dans l'assurance s'accroît

La place de la technologie dans la chaîne de valeur de l'assurance a fortement progressé : la part des primes d'assurance consacrée à la technologie est passée d'environ 2,5 % il y a dix ans à près de 4 % aujourd'hui, et elle continue d'augmenter. Cette évolution brouille la frontière entre l'assurance et la technologie, et fait de la capacité à concevoir et à déployer des portefeuilles pilotés par l'IA une compétence stratégique.

Les assureurs européens dépendent de technologies non européennes

Le secteur européen de l'assurance peine à conserver la maîtrise du cœur technologique de l'industrie, car une part croissante de ses fonctions stratégiques repose désormais sur des acteurs non européens. Ainsi, Macif a achevé en début d'année 2026 un programme de cinq ans, d'un coût de 470 millions d'euros, pour restructurer son système d'information central avec l'entreprise américaine Guidewire.

Perte de maîtrise et de compétences en Europe

Cette infrastructure, qui organise les opérations essentielles et les données, crée une dépendance durable pour l'assureur. De même, les principaux fournisseurs de plateformes métiers et d'outils de gestion de portefeuilles sont majoritairement américains ou chinois, ce qui entraîne une perte de contrôle opérationnel et de compétences en Europe.

Les assureurs européens peinent à développer leurs compétences technologiques internes

Les assureurs européens tentent de préserver leur maîtrise technologique grâce à leurs équipes internes, mais nombre d'entre eux manquent de moyens pour entretenir ces capacités, et même les plus grands peuvent avoir du mal à rivaliser avec des spécialistes mieux financés. L'intégration de l'IA dans les processus d'assurance exigera un accès aux bonnes données et une intégration profonde dans les processus métiers, ce qui fait du contrôle de cette infrastructure un facteur déterminant pour l'avenir de l'assurance.

L'Europe a besoin d'un appui technologique local pour sa transformation

Pour conserver cette maîtrise, l'Europe a besoin d'acteurs technologiques capables d'accompagner la transformation du secteur. Le modèle « make and buy », qui consiste à garder en interne les fonctions critiques tout en s'appuyant sur des acteurs spécialisés pour gagner en agilité, est considéré comme une approche viable.

Les start-up européennes font face à des difficultés de financement

Toutefois, le rapport de force actuel reste déséquilibré : les jeunes start-up européennes peinent à lever des fonds, en comparaison de leurs homologues non européennes. Ainsi, l'entreprise américaine Socotra a levé 96 millions de dollars, la britannique Instanda plus de 84 millions de dollars, et Peak3, basée à Singapour, 35 millions de dollars.

La fragmentation du marché européen freine la croissance

Par ailleurs, la fragmentation du marché européen complique l'expansion : il est aussi difficile pour une entreprise française de s'implanter en Espagne ou en Italie que de pénétrer le marché américain. Cette fragmentation limite la capacité des entreprises européennes à se développer et à rivaliser à l'échelle mondiale.

Le risque d'une désertification stratégique

Le danger pour l'Europe est une désertification stratégique : les technologies, les financements et les compétences nécessaires au développement futur de l'assurance pourraient émerger ailleurs, laissant les assureurs européens dépendre d'infrastructures qu'ils ne maîtrisent plus. Le défi des années à venir consiste à conserver le contrôle des technologies qui façonneront l'assurance pour les décennies à venir.