Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, et président de Bordeaux Métropole, a évoqué jeudi la possibilité d’une « tutelle financière » sur le budget de la collectivité. Cette idée fait suite à des inquiétudes similaires exprimées en juin dernier concernant la santé financière de la ville. Une tutelle financière impliquerait l’intervention de la chambre régionale des comptes (CRC), saisie par le préfet, qui pourrait alors proposer un plan de restructuration, incluant potentiellement des réductions budgétaires ou des hausses d’impôts. Cazenave a qualifié la situation d’« inédite » pour la métropole, affirmant qu’aucune autre collectivité similaire ne fait face aux mêmes défis. Il s’est appuyé sur un audit réalisé par EY, qui a révélé une « dette extrême » de 2,3 milliards d’euros et une capacité de désendettement de 19,2 ans, dépassant le seuil d’alerte de 12 ans. Il a critiqué l’administration précédente, dirigée par les socialistes Alain Anziani et Christine Bost, pour une « croissance excessive des dépenses de fonctionnement par rapport au rythme des recettes » et une augmentation de la masse salariale de 77 millions d’euros, incluant la création de 500 postes. Cazenave a prévenu que, sans changements significatifs d’ici 2027, les recettes d’investissement ne suffiraient pas à couvrir les charges de la dette, risquant d’entraîner une tutelle financière par les services de l’État. Une tutelle financière peut être déclenchée en cas de budget déséquilibré, de déficit excessif (au moins 5 % des recettes de fonctionnement) ou d’absence de vote du budget dans les délais. Si la CRC est saisie par le préfet, elle peut recommander un plan de restructuration, bien que le préfet puisse choisir de suivre ou non ces recommandations. Dans tous les cas, tous les actes budgétaires ultérieurs seraient soumis à l’examen de la CRC. La tutelle financière est rare pour les grandes collectivités locales, mais des cas récents incluent la métropole d’Aix-Marseille, placée sous tutelle au printemps dernier après un déficit budgétaire de 123 millions d’euros, et le département de la Charente en 2025. Le département de la Gironde avait également frôlé la tutelle financière à la fin de l’année 2025. Cazenave a soumis la question au préfet et à la direction régionale des finances publiques pour une évaluation de la situation financière de la métropole. Il a également chargé le vice-président Emmanuel Sallaberry de rédiger un plan d’économies à grande échelle. La métropole vise à réaliser 182 millions d’euros d’économies de gestion d’ici 2033, dont 72 millions d’ici 2027. Cazenave a reconnu la « situation difficile », mais a estimé qu’elle n’est « pas aussi catastrophique qu’on nous la présente », soulignant que les 72 millions d’euros d’économies d’ici 2027 représentent 6 % du budget.